{"id":339,"date":"2013-01-03T18:37:11","date_gmt":"2013-01-03T18:37:11","guid":{"rendered":"http:\/\/pierrepapon.fr\/?p=339"},"modified":"2013-01-07T06:46:40","modified_gmt":"2013-01-07T06:46:40","slug":"Sc\u00e9narios pour l'avenir du nucl\u00e9aire:  l'uranium a-t-il dit son dernier mot?","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/pierrepapon.fr\/?p=339","title":{"rendered":"Sc\u00e9narios pour l&rsquo;avenir du nucl\u00e9aire:  l&rsquo;uranium a-t-il dit son dernier mot?"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\">\n<img src=http:\/\/pierrepapon.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/07\/Image00059-300x199.jpg alt=\"Image00059.jpg\" style=\"margin: 5px; width: 152px; height: 101px; float: left\" title=\"Image00059.jpg\" height=\"101\" width=\"152\" \/>Depuis la catastrophe nucl&eacute;aire de Fukushima, l&rsquo;avenir de l&rsquo;&eacute;nergie nucl&eacute;aire est en d&eacute;bat dans un monde o&ugrave; la plupart des sc&eacute;narios imaginent que la demande d&rsquo;&eacute;nergie ira encore en croissant dans les prochaines d&eacute;cennies. Existe-t-il d&rsquo;autres fili&egrave;res possibles que celles en service actuellement et qui utilisent l&rsquo;uranium ? La question est loin d&rsquo;&ecirc;tre nouvelle mais elle m&eacute;rite d&rsquo;&ecirc;tre repos&eacute;e.\n<\/p>\n<p><!-- more --><\/p>\n<p align=\"justify\">\n.<br \/>\nLe nucl&eacute;aire est d&rsquo;actualit&eacute;, en France comme dans beaucoup de pays d&eacute;velopp&eacute;s ou en d&eacute;veloppement. Rappelons simplement quelques faits r&eacute;cents. <strong>En France, le pr&eacute;sident de la R&eacute;publique, Fran&ccedil;ois Hollande, a fix&eacute; &agrave; 50 % la part de l&rsquo;&eacute;nergie nucl&eacute;aire dans le mix &eacute;lectrique<\/strong> (environ 75% aujourd&rsquo;hui) tandis qu&rsquo;EDF annon&ccedil;ait que le co&ucirc;t de construction de l&rsquo;EPR (un r&eacute;acteur de troisi&egrave;me g&eacute;n&eacute;ration) s&rsquo;&eacute;l&egrave;verait sans doute &agrave; 8,5 milliards d&rsquo;euros. <strong>Quant au Japon, apr&egrave;s Fukushima, il h&eacute;site encore sur la voie &agrave; suivre.<\/strong> L&rsquo;ancien gouvernement, tout en ayant remis en marche deux r&eacute;acteurs nucl&eacute;aires en 2012 qui avaient &eacute;t&eacute; arr&ecirc;t&eacute;s, avait pris la d&eacute;cision de sortir du nucl&eacute;aire &agrave; l&rsquo;horizon 2040, mais le nouveau gouvernement, sorti des urnes fin d&eacute;cembre, semble vouloir la remettre en cause.<br \/>\nDans un monde qui semble vouloir rester &eacute;nergivore, quelle est la place du nucl&eacute;aire dans les sc&eacute;narios &eacute;nerg&eacute;tiques ? L&rsquo;AIE dans son World Energy Outlook 2012, publi&eacute; en novembre dernier (<a href=\"http:\/\/www.iea.org\">www.iea.org<\/a> ), &laquo; pr&eacute;voit &raquo; une forte progression de la demande d&rsquo;&eacute;lectricit&eacute; d&rsquo;ici &agrave; 2035. Ainsi, son sc&eacute;nario  de base fait l&rsquo;hypoth&egrave;se que la production mondiale d&rsquo;&eacute;lectricit&eacute; augmenterait de 70 % sur la p&eacute;riode 2010-2035 (la consommation d&rsquo;&eacute;nergie primaire n&rsquo;augmentant &laquo; que &raquo; de 40%), et celle d&rsquo;origine nucl&eacute;aire de 60% (sa part reculant de 13 &agrave; 12%) avec une puissance install&eacute;e qui passerait de 400 GW &agrave; 580 GW (multipli&eacute;e par dix en Chine sur la p&eacute;riode 2010-2035). <strong>Un sc&eacute;nario alternatif &laquo; climatique &raquo; (il permet de respecter l&rsquo;objectif de Copenhague de limiter &agrave; 2&deg;C le r&eacute;chauffement du climat) s&rsquo;il est moins ambitieux pour la production d&rsquo;&eacute;lectricit&eacute; (+50%), pr&eacute;voit en revanche un doublement de l&rsquo;&eacute;lectricit&eacute; nucl&eacute;aire<\/strong>. La soci&eacute;t&eacute; Exxon-Mobil dans son sc&eacute;nario pour 2040 (Exxon-Mobil, 2013, The energy outlook for energy : a view to 2040, www.exxonmobil.com ) ne pr&eacute;voit qu&rsquo;une augmentation de 40% de la demande d&rsquo;&eacute;lectricit&eacute; en 2040 mais avec un doublement de la production nucl&eacute;aire. Il est vrai que la perc&eacute;e du gaz de schiste aux Etats-Unis va changer la donne, dans la mesure o&ugrave; ceux-ci n&rsquo;envisagent plus une relance du nucl&eacute;aire et miseront sur des centrales thermiques au gaz dont le prix s&rsquo;est effondr&eacute;.\n<\/p>\n<p align=\"justify\">\n&nbsp;<strong> La totalit&eacute; des sc&eacute;narios actuels pour le nucl&eacute;aire, &agrave; l&rsquo;horizon 2030, font l&rsquo;hypoth&egrave;se que les centrales fonctionneront avec les fili&egrave;res actuelles &agrave; l&rsquo;uranium<\/strong> et avec de l&rsquo;eau l&eacute;g&egrave;re (bouillante ou pressuris&eacute;e) comme mod&eacute;rateur et comme fluide caloporteur, et avec des conditions de s&ucirc;ret&eacute; renforc&eacute;es. Les r&eacute;acteurs EPR dont des prototypes sont en cours de construction en France &agrave; Flamanville et en Finlande (avec des surco&ucirc;ts importants) ainsi qu&rsquo;en Chine. Toutefois, plusieurs fili&egrave;res innovantes sont envisag&eacute;es pour l&rsquo;avenir (cf. M.Waldrop, &laquo; Radical reactors &raquo;, <em>Nature,<\/em> 6 December 2012, vol. 492, p. 26, <a href=\"http:\/\/www.nature.com\">www.nature.com<\/a> ). <strong>La premi&egrave;re consisterait &agrave; faire fonctionner les r&eacute;acteurs &agrave; uranium &agrave; haute temp&eacute;rature<\/strong>. Ils produiraient de la vapeur &agrave; 1000&deg;C pour des turbines (avec un rendement tr&egrave;s &eacute;lev&eacute;) ou &agrave; des fins industrielles. Le combustible (de l&rsquo;uranium enrob&eacute; dans du carbure de silicium serait stable jusque 1600&deg;C), le fluide caloporteur serait de l&rsquo;h&eacute;lium ou un m&eacute;lange liquide de fluorures de lithium et de b&eacute;ryllium. La Chine a lanc&eacute; la construction, fin d&eacute;cembre, d&rsquo;un r&eacute;acteur prototype de 200 MW pour cette fili&egrave;re.Le projet Antares d&rsquo;Areva, en France, est  un projet de ce type. <strong>La fili&egrave;re dite des surg&eacute;n&eacute;rateurs est une autre voie<\/strong> : elle utiliserait le plutonium comme combustible (celui-ci est produit dans un r&eacute;acteur &agrave; uranium lorsque l&rsquo;uranium 238 qui n&rsquo;est pas fissile absorbe un neutron) avec des neutrons dits rapides (leur &eacute;nergie cin&eacute;tique est plus grande). Une vingtaine de r&eacute;acteurs de ce type ont d&eacute;j&agrave; fonctionn&eacute; dans le monde et la France, pour sa part, en a test&eacute; deux prototypes, Ph&eacute;nix et Superph&eacute;nix, refroidis au sodium liquide ; le Japon avait, avant Fukushima, un projet en cours et la Chine &eacute;galement. La fili&egrave;re des surg&eacute;n&eacute;rateurs (la IVe g&eacute;n&eacute;ration du nucl&eacute;aire) aurait le grand avantage de r&eacute;gler pour plusieurs si&egrave;cles la question de l&rsquo;approvisionnement en combustible, un r&eacute;acteur &laquo; classique &raquo; pouvant produire &agrave; lui seul plusieurs charges de plutonium pour un surg&eacute;n&eacute;rateur alors que les ressources actuelles en uranium ne garantissent que pour 80 ans de fonctionnement des r&eacute;acteurs actuels.<strong> Le probl&egrave;me cl&eacute; est celui d&rsquo;assurer la s&ucirc;ret&eacute; de fonctionnement des futurs r&eacute;acteurs<\/strong> qui doivent extraire la chaleur du c&oelig;ur soit avec un m&eacute;tal liquide (du sodium comme pour Superph&eacute;nix, ou un alliage de plomb et de bismuth) ou des sels fondus, soit avec un gaz comme l&rsquo;h&eacute;lium ; les r&eacute;acteurs fonctionneraient &agrave; tr&egrave;s haute temp&eacute;rature (500 &agrave; 800&deg; C) et leur rendement serait donc &eacute;lev&eacute;.\n<\/p>\n<p align=\"justify\">\n&nbsp; <strong>Les r&eacute;acteurs actuels fonctionnent avec des c&oelig;urs solides<\/strong> (ils peuvent &eacute;videmment fondre en cas de rupture accidentelle du syst&egrave;me de refroidissement comme cela s&rsquo;est produit &agrave; Fukushima) qui ont l&rsquo;avantage de poss&eacute;der une g&eacute;om&eacute;trie fixe, en principe pr&eacute;visible, mais qui est complexe (un assemblage de barres d&rsquo;uranium par exemple dont la structure interne peut varier avec l&rsquo;irradiation). <strong>Si le combustible est liquide<\/strong>, les probl&egrave;mes d&rsquo;&eacute;volution de la structure du c&oelig;ur ne se posent plus. Celui-ci peut &ecirc;tre un sel d&rsquo;uranium fondu comme le t&eacute;trafluorure d&rsquo;uranium, m&eacute;lang&eacute; avec des fluorures de lithium et de b&eacute;ryllium, qui est aussi  le fluide caloporteur. <strong>Ces r&eacute;acteurs &agrave; sels fondus<\/strong> ont l&rsquo;avantage de se pr&ecirc;ter  &agrave; une extraction en continu des produits de fission dans une unit&eacute; ext&eacute;rieure de recyclage. En cas d&rsquo;accident, le combustible liquide du c&oelig;ur peut se d&eacute;verser dans une fosse profonde o&ugrave; il se solidifierait. Les USA envisagent d&rsquo;en construire un prototype.\n<\/p>\n<p align=\"justify\">\n&nbsp;<strong>Une troisi&egrave;me option, envisag&eacute;e il y a longtemps, consisterait &agrave; utiliser le thorium comme combustible <\/strong>(les minerais de thorium seraient trois plus abondants que celui d&rsquo;uranium). Ce m&eacute;tal est fertile (il peut capturer un neutron) et se transformer en uranium 233 qui, lui, est fissile (comme l&rsquo;uranium 235) et donc utilisable comme combustible, par exemple dans des surg&eacute;n&eacute;rateurs. C&rsquo;est une voie dans laquelle s&rsquo;est engag&eacute;e l&rsquo;Inde, l&rsquo;uranium 233 a le d&eacute;savantage d&rsquo;&ecirc;tre difficile &agrave; manipuler et l&rsquo;avantage d&rsquo;&ecirc;tre ainsi moins &laquo; prolif&eacute;rant &raquo; (difficile &agrave; utiliser pour fabriquer une arme nucl&eacute;aire). En fait, les choses ne seraient pas aussi simples selon des experts am&eacute;ricains (S.F.Ashley, &laquo; Thorium fuel has risks &raquo;, Nature, 6 December, vol. 492, p. 31, <a href=\"http:\/\/www.nature.com\">www.nature.com<\/a> ). En effet, si le thorium naturel n&rsquo;est pas fissile, bombard&eacute; par des neutrons il se transforme en uranium 233 qui est fissile mais qui est m&eacute;lang&eacute; &agrave; de l&rsquo;uranium 232 qui se d&eacute;compose en donnant des produits de fission lib&eacute;rant des rayons gamma tr&egrave;s dangereux. <strong>Le risque pour la prolif&eacute;ration serait que l&rsquo;on puisse produire de l&rsquo;uranium 233 &agrave; partir du thorium sans le m&eacute;langer &agrave; de l&rsquo;uranium 232 radiotoxique&nbsp;et difficile &agrave; manipuler<\/strong> (il suffit de 8 kg d&rsquo;uranium 233 pour construire une bombe atomique). Une possibilit&eacute; serait de passer par le protactinium 233 qui est un isotope interm&eacute;diaire qui se forme &agrave; partir du thorium irradi&eacute; et que l&rsquo;on peut s&eacute;parer par voie chimique. Le caract&egrave;re non prolif&eacute;rant des r&eacute;acteurs &agrave; thorium ne serait donc pas &laquo; en b&eacute;ton &raquo; et ceux-ci devraient donc &ecirc;tre surveill&eacute;s par l&rsquo;IAEA (International Agency for Atomic Energy). Des futurs r&eacute;acteurs (dont la construction est envisag&eacute;e par la Chine, l&rsquo;Inde et &eacute;ventuellement le Royaume-Uni et l&rsquo;Australie) pourraient utiliser des sels fondus de fluorures de thorium (m&eacute;lang&eacute;s &agrave; des fluorures d&rsquo;uranium, de b&eacute;ryllium et de lithium). Un nucl&eacute;aire au thorium supposerait la construction d&rsquo;infrastructures sp&eacute;cifiques pour le retraitement des combustibles.\n<\/p>\n<p align=\"justify\">\n<strong>La s&ucirc;ret&eacute; des r&eacute;acteurs va certainment prendre une plus grande importance &agrave; l&rsquo;avenir apr&egrave;s fukushima.<\/strong> L&rsquo;option des r&eacute;acteurs &agrave; combustibles liquides offre sans doute des avantages de ce point de vue. L&rsquo;option, propos&eacute;e par le physicien C.Rubbia, consistant &agrave; bombarder avec un acc&eacute;l&eacute;rateur de particules une cible de plomb plac&eacute;e au centre d&rsquo;un r&eacute;acteur qui &eacute;met des neutrons provoquant une r&eacute;action en cha&icirc;ne dans le combustible, serait aussi int&eacute;ressante ; un arr&ecirc;t de l&rsquo;acc&eacute;l&eacute;rateur interromprait, en effet, la r&eacute;action en cha&icirc;ne. Les nouvelles fili&egrave;res nucl&eacute;aires, qui &agrave; un stade ou un autre, mobiliseraient de l&rsquo;uranium &#8211; qui n&rsquo;aurait pas dit son dernier mot &#8211; ne seront pas op&eacute;rationnelles avant 2030-2040, elles seraient une v&eacute;ritable rupture technique pour le nucl&eacute;aire car elles prolongeraient sa &laquo; dur&eacute;e de vie &raquo;. <strong>L&rsquo;avenir du nucl&eacute;aire est sans doute entre les mains d&rsquo;une quintette de pays<\/strong>, les Etats-Unis, la France, le Royaume-Uni, l&rsquo;Inde et la Chine, &agrave; laquelle se joindrait le Japon si son nouveau gouvernement revenait sur la d&eacute;cision de sortir du nucl&eacute;aire.  Il ne restera ouvert qu&rsquo;au prix d&rsquo;un effort consid&eacute;rable de recherche.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis la catastrophe nucl&eacute;aire de Fukushima, l&rsquo;avenir de l&rsquo;&eacute;nergie nucl&eacute;aire est en d&eacute;bat dans un monde o&ugrave; la plupart des sc&eacute;narios imaginent que la demande d&rsquo;&eacute;nergie ira encore en croissant dans les prochaines d&eacute;cennies. Existe-t-il d&rsquo;autres fili&egrave;res possibles que celles en service actuellement et qui utilisent l&rsquo;uranium ? 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