{"id":322,"date":"2012-01-17T09:21:25","date_gmt":"2012-01-17T09:21:25","guid":{"rendered":"http:\/\/pierrepapon.fr\/?p=322"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"La fusion thermonucl\u00e9aire face aux incertitudes","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/pierrepapon.fr\/?p=322","title":{"rendered":"La fusion thermonucl\u00e9aire face aux incertitudes"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\">\n<img src=http:\/\/pierrepapon.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/07\/energie_heure_des_choix_chap8_fig_1_iter1-300x300.jpg alt=\"energie_heure_des_choix_chap.8_fig.1_iter.jpg\" style=\"margin: 5px; width: 152px; float: left; height: 151px\" title=\"energie_heure_des_choix_chap.8_fig.1_iter.jpg\" height=\"168\" width=\"168\" \/>L&rsquo;exploitation de l&rsquo;&eacute;nergie d&eacute;gag&eacute;e par la fusion d&rsquo;atomes d&rsquo;hydrog&egrave;ne, la fusion thermonucl&eacute;aire, est une alternative &agrave; la fission nucl&eacute;aire. R&eacute;aliser la fusion dans un grand r&eacute;acteur exp&eacute;rimental, o&ugrave; le plasma est confin&eacute; par voie magn&eacute;tique, est l&rsquo;objectif du programme international Iter auquel participent les grandes puissances scientifiques mondiales. Ce programme, soutenu par l&rsquo;UE a rencontr&eacute; des difficult&eacute;s de financement depuis deux ans que l&rsquo;UE, pour sa part, a r&eacute;solu (provisoirement ?) fin 2011.\n<\/p>\n<p><!-- more --><\/p>\n<p align=\"justify\">\n&nbsp; &nbsp;<strong>On r&eacute;alise la fusion thermonucl&eacute;aire en provoquant la collision du deut&eacute;rium et du tritium<\/strong> (deux isotopes de l&rsquo;hydrog&egrave;ne), une grande partie de l&rsquo;&eacute;nergie r&eacute;siduelle &eacute;tant emport&eacute;e par un neutron. La fili&egrave;re aurait l&rsquo;avantage d&rsquo;utiliser un &laquo; combustible &raquo; abondant, le deut&eacute;rium qui peut &ecirc;tre extrait de l&rsquo;eau de mer et le tritium (produit dans le r&eacute;acteur &agrave; l&rsquo;aide de lithium) et de ne produire que peu de d&eacute;chets radioactifs &agrave; vie longue. <strong>Toutefois sa r&eacute;alisation se heurte encore &agrave; de s&eacute;rieux obstacles scientifiques et techniques<\/strong> que le grand programme de coop&eacute;ration internationale, Iter (International Thermonuclear Experimental Reactor), lanc&eacute; en 2007, a pour objectif de lever. <strong>Soutenu par l&rsquo;UE, Iter va tenter de la r&eacute;aliser la fusion<\/strong> dans un r&eacute;acteur exp&eacute;rimental qui sera construit dans un centre du CEA &agrave; Cadarache (Bouches du Rh&ocirc;ne). Ce r&eacute;acteur utilise la m&eacute;thode du confinement magn&eacute;tique du plasma dans un dispositif appel&eacute; tokamak. Le plasma sera cr&eacute;&eacute; dans le tore central o&ugrave; il est port&eacute; &agrave; tr&egrave;s haute temp&eacute;rature (150 millions de degr&eacute;s) par un courant &eacute;lectrique et par irradiation par des micro-ondes ; il y est confin&eacute; par de puissants champs magn&eacute;tiques produits par des bobines supraconductrices. L&rsquo;aimant central du r&eacute;acteur engendre un champ magn&eacute;tique puls&eacute; tr&egrave;s &eacute;lev&eacute; qui va cr&eacute;er un courant intense dans le plasma d&rsquo;hydrog&egrave;ne qui se trouve dans la chambre torique centrale et contribuer &agrave; le chauffer. Iter devrait atteindre une puissance thermique de 500 MW soit dix fois la puissance qu&rsquo;il pr&eacute;l&egrave;verait dans le r&eacute;seau &eacute;lectrique pour lancer la fusion.\n<\/p>\n<p align=\"justify\">\n&nbsp;<strong> &nbsp;Iter devra faire face &agrave; deux difficult&eacute;s majeures: &#8211; le risque de d&eacute;stabilisation du plasma par des turbulences &#8211; la contamination des parois et du plasma lui-m&ecirc;me.<\/strong> Alors que les travaux de g&eacute;nie civil &eacute;taient achev&eacute;s, en 2010, le sc&eacute;nario initial pour la construction d&rsquo;Iter a &eacute;t&eacute; revu. En effet, un grand nombre de modifications au sch&eacute;ma initial ont d&ucirc; &ecirc;tre d&eacute;cid&eacute;es, en particulier pour la stabilisation du plasma (pour &eacute;viter que des turbulences et des bouff&eacute;es explosives ne d&eacute;t&eacute;riorent l&rsquo;enceinte). <strong>Il est alors apparu que le co&ucirc;t de la machine atteindrait 15 milliards d&rsquo;euros au minimum soit pr&egrave;s du triple du devis initial.<\/strong> Ce nouveau budget a &eacute;t&eacute; ent&eacute;rin&eacute; par les sept partenaires en 2010 avec un sc&eacute;nario par &eacute;tapes : le premier plasma devrait &ecirc;tre obtenu en 2019, soit avec pr&egrave;s de 3 ans de retard, les exp&eacute;riences de fusion avec le deut&eacute;rium et le tritium n&rsquo;&eacute;tant lanc&eacute;es qu&rsquo;en 2028. Par ailleurs, des difficult&eacute;s sont apparues, en 2011, avec les c&acirc;bles supraconducteurs qui seront fabriqu&eacute;s au Japon (un alliage niobium-&eacute;tain). L&rsquo;aimant central doit pouvoir supporter 60 000 impulsions de courant pendant sa dur&eacute;e de vie mais des tests r&eacute;alis&eacute;s en Suisse ont montr&eacute; que les c&acirc;bles se d&eacute;gradent au bout de 6 000 impulsions. Ce probl&egrave;me doit &ecirc;tre r&eacute;solu mais le laboratoire japonais du programme Iter qui a la responsabilit&eacute; de ces c&acirc;bles (Naka Fusion Institute &agrave; 100 km au nord de Tokyo) a &eacute;t&eacute; s&eacute;v&egrave;rement endommag&eacute; par le s&eacute;isme du 11 mars ce qui va retarder les travaux.\n<\/p>\n<p align=\"justify\">\n&nbsp;&nbsp; &nbsp;<strong>Il restait &agrave; l&rsquo;UE qui finance 45% du projet &agrave; trouver le compl&eacute;ment de financement n&eacute;cessaire<\/strong>, un compromis budg&eacute;taire n&rsquo;a &eacute;t&eacute; trouv&eacute; par le Conseil des ministres et le Parlement europ&eacute;ens qu&rsquo;en d&eacute;cembre 2011. Ce financement, 1,3 milliard d&rsquo;euros, a &eacute;t&eacute; trouv&eacute; sur une ligne de cr&eacute;dits du budget europ&eacute;en non utilis&eacute;s (hors du budget recherche).<strong> Si le financement d&rsquo;Iter semble assur&eacute; pour 2012-2013, l&rsquo;avenir reste incertain<\/strong> car le projet n&rsquo;est pas &agrave; l&rsquo;abri de difficult&eacute;s techniques et donc financi&egrave;res. La crainte des responsables des programmes scientifiques de l&rsquo;UE est qu&rsquo;Iter n&rsquo;ob&egrave;re le futur budget europ&eacute;en du nouveau programme cadre pour la recherche, rebaptis&eacute; Horizon 2020, que la Commission europ&eacute;enne doit lancer en 2014 et pour laquelle elle pr&eacute;voit un budget de 80 milliards d&rsquo;euros sur la p&eacute;riode 2014-2020. D&rsquo;o&ugrave; le souhait de certains de retirer Iter du budget pour le remettre &agrave; la charge des Etats. On voit mal les Etats accepter une telle solution dans la situation &eacute;conomique et budg&eacute;taire difficile qu&rsquo;ils vont traverser. <strong>Ces palinodies financi&egrave;res montrent que le programme Iter a &eacute;t&eacute; lanc&eacute; sans une v&eacute;ritable &eacute;valuation pr&eacute;alable des difficult&eacute;s techniques<\/strong> que le projet risquait de rencontrer et de leurs possibles cons&eacute;quences financi&egrave;res.\n<\/p>\n<p align=\"justify\">\n&nbsp;&nbsp; &nbsp;Le succ&egrave;s de la technique du confinement magn&eacute;tique que va utiliser Iter dans un tokamak n&rsquo;est pas assur&eacute;, mais <strong>il existe une voie alternative: l&rsquo;amor&ccedil;age de la fusion thermonucl&eacute;aire par des lasers tr&egrave;s puissants,<\/strong> c&rsquo;est la voie du confinement inertiel. On sait aussi que les travaux sur la fusion int&eacute;ressent, depuis leur lancement imm&eacute;diatement apr&egrave;s la guerre, la d&eacute;fense puisqu&rsquo;elle est mise en oeuvre dans les bombes H, or cette technique du confinement inertiel va &ecirc;tre utilis&eacute;e pour simuler le d&eacute;clenchement de la fusion dans une arme thermonucl&eacute;aire avec une installation am&eacute;ricaine (la National Ignition Facility inaugur&eacute;e en 2009) et une installation fran&ccedil;aise similaire, dont la construction s&rsquo;ach&egrave;ve &agrave; Bordeaux (le Laser Megajoule). Ces deux lasers g&eacute;ants, avec d&rsquo;autres installations de moindre puissance, pourront &ecirc;tre utilis&eacute;s pour tenter de r&eacute;aliser la fusion thermonucl&eacute;aire &agrave; des fins &eacute;nerg&eacute;tiques. L&rsquo;installation am&eacute;ricaine utilise un laser g&eacute;ant (il peut d&eacute;livrer une &eacute;nergie utilisable de 1,8 MJ) dont le rayonnement se divise en 192 faisceaux (D.Clery, &laquo; Fusion power&rsquo;s road not yet taken &raquo;,<em> Science<\/em>, p.445, vol. 134, 28 October 2011, <a href=\"http:\/\/www.sciencemag.org\/\">www.sciencemag.org<\/a> &nbsp;) qui vont irradier un cylindre creux en or ; ses parois &eacute;mettent des rayons X qui sont absorb&eacute;s par une microcapsule de quelques millim&egrave;tres de diam&egrave;tre, plac&eacute;e en son centre, contenant un m&eacute;lange de deut&eacute;rium et de tritium, celle-ci explose en comprimant les atomes et provoque leur fusion (le ph&eacute;nom&egrave;ne &laquo; d&rsquo;ignition &raquo;). D&rsquo;autres sch&eacute;mas de fusion inertielle ont &eacute;t&eacute; propos&eacute;s mais ils reposent sur des principes similaires. Une alternative consisterait &agrave; se passer de lasers (elle est &agrave; l&rsquo;&eacute;tude dans le laboratoire <em>Sandia <\/em>aux USA) : &agrave; l&rsquo;aide d&rsquo;un courant puls&eacute; de grande intensit&eacute; traversant un cylindre m&eacute;tallique on &eacute;crase brutalement celui-ci provoquant ainsi la fusion des atomes d&rsquo;hydrog&egrave;ne. On peut aussi bombarder une cible d&rsquo;hydrog&egrave;ne par un faisceau d&rsquo;ions. Une fois la fusion r&eacute;alis&eacute;e et entretenue, il sera n&eacute;cessaire d&rsquo;extraire l&rsquo;&eacute;nergie du r&eacute;acteur ce qui ne sera pas une t&acirc;che ais&eacute;e.\n<\/p>\n<p align=\"justify\">\n<strong>&nbsp;La viabilit&eacute; de la fili&egrave;re devra &ecirc;tre test&eacute;e sur un prototype industriel et ce n&rsquo;est sans doute pas avant 2050-2060<\/strong> que l&rsquo;on pourra d&eacute;cider de la mettre ou non en route. Une option alternative a &eacute;t&eacute; propos&eacute;e (en particulier par le physicien sovi&eacute;tique Sakharov) : elle consisterait &agrave; construire un r&eacute;acteur hybride &agrave; fusion-fission. On utiliserait les neutrons &eacute;nerg&eacute;tiques issus de la fusion pour produire &agrave; partir de l&rsquo;uranium 238 des mat&eacute;riaux fissiles (notamment du plutonium 239) pour alimenter un r&eacute;acteur de fission (par exemple un surg&eacute;n&eacute;rateur utilisant le plutonium) et pour br&ucirc;ler des d&eacute;chets nucl&eacute;aires des centrales classiques tels que les actinides. Cette voie ne pourrait &ecirc;tre envisag&eacute;e que bien apr&egrave;s 2030.\n<\/p>\n<p align=\"justify\">\n&nbsp; <strong>La fusion thermonucl&eacute;aire pr&eacute;sent&eacute;e souvent comme le saint Graal de l&rsquo;&eacute;nergie<\/strong> ne sera certainement pas un long fleuve tranquille et il est serait hasardeux de faire un pronostic sur sa capacit&eacute; &agrave; apporter une solution concr&egrave;te aux probl&egrave;mes de l&rsquo;&eacute;nergie et a fortiori dans quels d&eacute;lais.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;exploitation de l&rsquo;&eacute;nergie d&eacute;gag&eacute;e par la fusion d&rsquo;atomes d&rsquo;hydrog&egrave;ne, la fusion thermonucl&eacute;aire, est une alternative &agrave; la fission nucl&eacute;aire. 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