{"id":297,"date":"2010-05-17T09:48:07","date_gmt":"2010-05-17T09:48:07","guid":{"rendered":"http:\/\/pierrepapon.fr\/?p=297"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"L'\u00e9nergie en Afrique: entre p\u00e9nurie et abondance","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/pierrepapon.fr\/?p=297","title":{"rendered":"L&rsquo;\u00e9nergie en Afrique: entre p\u00e9nurie et abondance"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\">\n<img width=\"154\" src=http:\/\/pierrepapon.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/07\/barrage_cte_divoire-300x206.jpg alt=\"barrage_cte_divoire.jpg\" height=\"106\" style=\"float: left; margin: 5px; width: 154px; height: 106px\" title=\"barrage_cte_divoire.jpg\" \/>Tous les pays de l&rsquo;Afrique francophone ainsi que le Nigeria vont c&eacute;l&eacute;brer cette ann&eacute;e le cinquantenaire de leur ind&eacute;pendance. La situation de l&rsquo;Afrique a profond&eacute;ment chang&eacute; en cinquante ans, le continent est devenu un grand producteur de p&eacute;trole mais ses besoins en &eacute;nergie sont bien plus importants qu&rsquo;au moment des ind&eacute;pendances, il est donc utile de faire le point sur sa situation et son avenir &eacute;nerg&eacute;tiques.\n<\/p>\n<p><!-- more --><\/p>\n<p align=\"justify\">\n&nbsp;L&rsquo;approvisionnement &eacute;nerg&eacute;tique est une question critique pour tous les pays en d&eacute;veloppement, et l&rsquo;Afrique en particulier, car l&rsquo;&eacute;nergie est le socle du d&eacute;veloppement &eacute;conomique et social et elle est indispensable pour utiliser la quasi-totalit&eacute; des techniques modernes. <strong>L&rsquo;in&eacute;galit&eacute; de la consommation d&rsquo;&eacute;nergie dans le monde, nous l&rsquo;avons souvent soulign&eacute;, est flagrante<\/strong> et elle ne fait que traduire l&rsquo;in&eacute;galit&eacute; du d&eacute;veloppement. Ainsi, en 2008, la consommation moyenne par habitant s&rsquo;&eacute;levait &agrave; <strong>0,6 tep en Afrique<\/strong> (cette situation recouvre en fait de fortes in&eacute;galit&eacute;s &agrave; travers le continent), alors qu&rsquo;elle &eacute;tait de 1,5 tep\/habitant en Chine et de 4,3 tep\/habitant en France et de 8 tep\/hbt aux USA, seule l&rsquo;Inde a une consommation aussi faible que l&rsquo;Afrique (0,5 tep\/hbt). Cette in&eacute;galit&eacute; est encore plus apparente si l&rsquo;on consid&egrave;re la consommation d&rsquo;&eacute;lectricit&eacute;. Aujourd&rsquo;hui, environ 1,5 milliard d&rsquo;habitants de la plan&egrave;te n&rsquo;ont pas d&rsquo;acc&egrave;s direct &agrave; l&rsquo;&eacute;lectricit&eacute; (ils ne sont pas reli&eacute;s &agrave; un r&eacute;seau de distribution d&rsquo;&eacute;lectricit&eacute;), <strong>en Afrique sub-saharienne (900 millions d&rsquo;habitants) cette proportion est tr&egrave;s importante puisque pr&egrave;s de 600 millions d&rsquo;habitants n&rsquo;ont pas d&rsquo;acc&egrave;s direct &agrave; l&rsquo;&eacute;lectricit&eacute;<\/strong> (soit 65 % de la population) ; seuls 2 millions d&rsquo;habitants de l&rsquo;Afrique du Nord semblent &ecirc;tre dans cette situation. Cette proportion atteint 88% en Angola (un pays producteur de p&eacute;trole), 78 % au Cameroun, 61 % en C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire. &hellip;mais 98% au Tchad. Quelle &eacute;nergie l&rsquo;Afrique consomme-t-elle ? La consommation totale d&rsquo;&eacute;nergie primaire de l&rsquo;Afrique (Cf. AIE <em>World Energy Outlook 2009<\/em>, <a href=\"http:\/\/www.aie.org\/\">www.aie.org<\/a> ) s&rsquo;&eacute;levait en 2008 &agrave; 0,6 Gtep) et dont la moiti&eacute; est en fait de la biomasse (d&eacute;chet agricoles et forestiers et le bois), 30% &eacute;tait du p&eacute;trole et du gaz, 15% du charbon, Si l&rsquo;on s&rsquo;en tient &agrave; la seule &eacute;nergie primaire &laquo; commerciale &raquo;, c&rsquo;est-&agrave;-dire qui est exploit&eacute;e et distribu&eacute;e &agrave; grande &eacute;chelle &agrave; travers des r&eacute;seaux d&rsquo;entreprises (&eacute;lectricit&eacute; hydraulique, p&eacute;trole, gaz, charbon), la consommation est bien &eacute;quilibr&eacute;e entre les diff&eacute;rentes ressources : pr&egrave;s de 40% de p&eacute;trole, 25% de gaz, 30% de charbon et le reste sous forme d&rsquo;&eacute;lectricit&eacute; hydraulique (et un peu de nucl&eacute;aire en Afrique du sud). <strong>On remarquera aussi qu&rsquo;en 2006, une proportion importante de la population de l&rsquo;Afrique sub-saharienne (75%) avait recours &agrave; de la biomasse (bois, d&eacute;chets v&eacute;g&eacute;taux, charbon de bois) pour faire de la cuisine<\/strong> (95 % en Angola, 78 % en C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire, 59 % au Cameroun&hellip;.92 % au Tchad), or cette &eacute;nergie est extr&ecirc;mement polluante (la combustion d&eacute;gage des fum&eacute;es avec des particules) et elle est &agrave; l&rsquo;origine de s&eacute;v&egrave;res maladies des voies respiratoires qui touchent surtout les femmes et les jeunes enfants car ce sont les femmes qui se consacrent aux t&acirc;ches m&eacute;nag&egrave;res (avec leurs enfants). Les &laquo; mauvaises &raquo; utilisations de l&rsquo;&eacute;nergie ont ainsi des cons&eacute;quences sanitaires s&eacute;rieuses pour les populations.\n<\/p>\n<p align=\"justify\">\nSi les besoins en &eacute;nergie de l&rsquo;Afrique sont consid&eacute;rables, avec une sous-consommation actuellement patente, il ne faudrait pas en conclure pour autant que la situation &eacute;nerg&eacute;tique du continent est sans espoir, bien au contraire. <strong>Dans le domaine de l&rsquo;&eacute;nergie comme dans d&rsquo;autres d&rsquo;ailleurs, les ressources de l&rsquo;Afrique sont tr&egrave;s importantes,<\/strong> quelque chiffres suffisent &agrave; le montrer : &#8211; l&rsquo;Afrique du Nord et sub-saharienne est une puissance p&eacute;troli&egrave;re : elle assure 12,5 % de la production mondiale de p&eacute;trole et poss&egrave;de 10 % des r&eacute;serves mondiales &ndash; elle produit 8 % du gaz avec 5 % des r&eacute;serves mondiales &ndash; elle assure 20% de la production d&rsquo;uranium et sans doute poss&egrave;de 20 % des r&eacute;serves mondiales (au Niger et en Namibie notamment) &ndash; 5% de la production mondiale de charbon provient de l&rsquo;Afrique (Afrique du sud essentiellement aujourd&rsquo;hui) et avec des r&eacute;serves sans doute importantes mais mal &eacute;valu&eacute;es (importantes au Mozambique). Les ressources hydrauliques sont &eacute;galement tr&egrave;s importantes et mal mises en valeur (des ressources importante dans le bassin du Congo, en Afrique centrale et orientale mais aussi en C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire, cf. photo d&rsquo;un barrage pr&egrave;s de Yamassoukro,, en Guin&eacute;e, etc.), le soleil est aussi une grande ressource et nous y reviendrons.\n<\/p>\n<p align=\"justify\">\nUn autre aspect de la ressource, un acquis r&eacute;cent, est <strong>la rente p&eacute;troli&egrave;re qui est tr&egrave;s importante<\/strong> et qui s&rsquo;est accrue avec l&rsquo;augmentation ces derni&egrave;res ann&eacute;es des cours du baril de p&eacute;trole. Cette rente p&eacute;troli&egrave;re per&ccedil;ue par les Etats via leur soci&eacute;t&eacute;s nationales (la Sonangol en Angola, la Sonatrach en Alg&eacute;rie, etc.) ou les redevances que versent des multinationales exploitant directement les hydrocarbures (une partie de l&rsquo;exploitation du p&eacute;trole s&rsquo;effectue en off-shore notamment dans le golf de Guin&eacute;e dans des conditions difficiles, parfois par 1500 m de fond) est une manne pour le budget des Etats.<strong> Pour le Nigeria, le p&eacute;trole repr&eacute;sentait ces derni&egrave;res ann&eacute;es 40 % du PIB et pr&egrave;s de 95 % des recettes d&rsquo;exportation<\/strong> mais aussi de 70 &agrave; 80 % des recettes budg&eacute;taires&hellip;..or le revenu par habitant y a chut&eacute; de 250 $ &agrave; 212 $ entre 1965 et 2004. La question de l&rsquo;utilisation de cette manne budg&eacute;taire est &eacute;videmment pos&eacute;e car elle est aussi une source de corruption et de gabegie. On notera que le Tchad a n&eacute;goci&eacute; avec la Banque Mondiale un pr&ecirc;t pour l&rsquo;exploitation de son p&eacute;trole avec des conditions d&rsquo;utilisation des revenus p&eacute;troliers (la construction d&rsquo;&eacute;coles et d&rsquo;h&ocirc;pitaux notamment) qui, bon an mal an, ont &eacute;t&eacute; respect&eacute;es (une partie des recettes ont &eacute;t&eacute; utilis&eacute;es toutefois pour des achats d&rsquo;armes&hellip;). <strong>Pour l&rsquo;avenir (2006-2030) l&rsquo;AIE pr&eacute;voit que les recettes totales en Afrique sub-saharienne s&rsquo;&eacute;l&egrave;veraient &agrave; 4100 milliards de $<\/strong> (si le cours du baril de p&eacute;trole ne subissait qu&rsquo;une hausse mod&eacute;r&eacute;e &hellip;.) soit pr&egrave;s de 2500 milliards de $ pour le Nigeria, 1100 milliards de $ pour l&rsquo;Angola et 600 milliards de $ &laquo; seulement &raquo; pour les autres pays (200 milirads de $ pour le Soudan, 100 milliards de $ pour le Gabon, 10 milliards de $ pour le Cameroun 5 milliards de $ pour la C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire, etc.). L&rsquo;exploitation du p&eacute;trole est aussi &agrave; l&rsquo;origine de conflits internes graves dans certains pays comme le Nigeria o&ugrave; des mouvements de gu&eacute;rilla veulent obtenir une meilleure r&eacute;partition des ressources tir&eacute;es de l&rsquo;exploitation du p&eacute;trole. Le probl&egrave;me de la bonne utilisation de cette manne est donc pos&eacute;.\n<\/p>\n<p align=\"justify\">\nQue faire pour l&rsquo;avenir ? <strong>L&rsquo;&eacute;quation &eacute;nerg&eacute;tique de l&rsquo;Afrique est compliqu&eacute;e car elle comporte plusieurs variables<\/strong> : &#8211; sa population va conna&icirc;tre une forte hausse : 2 milliards d&rsquo;habitants en 2030 ? &ndash; une croissance &eacute;conomique indispensable (entre 1,6 et 2% par an et par habitant) &ndash; des besoins de base &agrave; satisfaire (notamment pour l&rsquo;&eacute;lectricit&eacute; avec une croissance pr&eacute;vue de 3 ,1 % par an) &ndash; des besoins en investissements importants. A moyen terme une meilleurs ma&icirc;trise de l&rsquo;exploitation du p&eacute;trole et du gaz sur place s&rsquo;impose (pour la fourniture d&rsquo;&eacute;lectricit&eacute; notamment) ainsi que l&rsquo;exploitation de l&rsquo;hydro&eacute;lectricit&eacute; alors que de nombreux pays subissent de d&eacute;lestages fr&eacute;quents de l&rsquo;alimentation &eacute;lectrique, (c&rsquo;est le cas dans une ville comme Abidjan par exemple mais aussi en Afrique du sud). Quant au nucl&eacute;aire qui est une fili&egrave;re tr&egrave;s capitalistique, il ne semble pas &ecirc;tre une option viable &agrave; moyen terme pour l&rsquo;Afrique qui manque de l&rsquo;expertise technique pour la mettre en &oelig;uvre (&agrave; l&rsquo;exception sans doute de l&rsquo;Afrique du sud). A plus long terme, l&rsquo;Afrique doit se pr&eacute;parer &agrave; l&rsquo;exploitation de l&rsquo;&eacute;lectricit&eacute; solaire en particulier dans les zones rurales. La carte de l&rsquo;ensoleillement de la plan&egrave;te montre que la quasi-totalit&eacute; de l&rsquo;Afrique b&eacute;n&eacute;ficie de bonnes conditions d&rsquo;ensoleillement (le Sahara &eacute;videmment, mais aussi le Sahel, le S&eacute;n&eacute;gal, les r&eacute;gions de la ceinture tropicale comme le nord de la C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire, les r&eacute;gions proches de l&rsquo;Afrique du sud, etc.), les zones c&ocirc;ti&egrave;res &eacute;tant moins favorables par suite de la n&eacute;bulosit&eacute; et de l&rsquo;humidit&eacute;. C&rsquo;est donc une ressource &agrave; exploiter &agrave; partir du moment o&ugrave; les co&ucirc;ts de production des cellules solaires auront chut&eacute;, le solaire &agrave; concentration (grandes centrales) &eacute;tant aussi une voie possible. En revanche, l&rsquo;&eacute;nergie &eacute;olienne n&rsquo;est probablement pas une option valable en Afrique car la carte des vents n&rsquo;y est pas favorable &agrave; l&rsquo;exception de la c&ocirc;te atlantique (Maroc, Mauritanie), la Somalie et le sud de l&rsquo;Afrique.<strong> L&rsquo;Afrique doit se pr&eacute;parer &agrave; une utilisation des biocarburants de deuxi&egrave;me g&eacute;n&eacute;ration<\/strong> produits &agrave; partir de la fili&egrave;re cellulosique et utilisant une biomasse v&eacute;g&eacute;tale abondante qui peut &ecirc;tre transform&eacute;e en &eacute;thanol, voire en hydrocarbures, par voie biologique ou chimique ; ces biocarburants pourraient se substituer partiellement aux carburants p&eacute;troliers pour les transports et la consommation locale.\n<\/p>\n<p align=\"justify\">\n<strong>Une politique &eacute;nerg&eacute;tique africaine suppose la mise en &oelig;uvre de politiques publiques dynamiques sur la longue dur&eacute;e<\/strong> afin d&rsquo;investir dans les infrastructures (barrages, centrales &eacute;lectriques, r&eacute;seaux de distribution d&rsquo;&eacute;lectricit&eacute;, &eacute;lectrification rurale) mais aussi dans la recherche dans des domaines comme l&rsquo;&eacute;nergie solaire et les biocarburants du futur ainsi que dans la formation d&rsquo;ing&eacute;nieurs et de techniciens. Une transparence de ces politiques est indispensable afin de mieux g&eacute;rer la rente p&eacute;troli&egrave;re, c&rsquo;est un probl&egrave;me de gouvernance et d&rsquo;&eacute;thique fondamental. <strong>Enfin, une politique de coop&eacute;ration s&rsquo;impose<\/strong>, en particulier pour l&rsquo;interconnexion des r&eacute;seaux &eacute;lectriques et le lancement de programmes communs de recherche et de formation (qui pourraient &ecirc;tre financ&eacute;s par un Fonds africain aliment&eacute; par une contribution des recettes d&rsquo;exportation des mati&egrave;res premi&egrave;res). Le NEPAD (le <em>New Partnership for African Development<\/em>, un organe de coop&eacute;ration de l&rsquo;Union Africaine qui coordonne des projets d&rsquo;infrastructures d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t pan-africain), m&ecirc;me s&rsquo;il est loin d&rsquo;avoir tenu ses promesses, pourrait &ecirc;tre l&rsquo;instance de r&eacute;f&eacute;rence pour une coop&eacute;ration.\n<\/p>\n<p align=\"justify\">\nL&rsquo;Afrique est un continent dont les besoins &eacute;nerg&eacute;tiques sont immenses mais qui est poss&egrave;de les ressources pour y faire face. Elle a besoin d&rsquo;une expertise scientifique et technique pour pr&eacute;parer l&rsquo;avenir, une politique de coop&eacute;ration avec l&rsquo;Europe sur la base de transferts de techniques peut l&rsquo;aider &agrave; poser les bases de cette expertise. Dans les d&eacute;bats de la n&eacute;gociation climatique post-Copenhague o&ugrave; l&rsquo;&eacute;nergie joue un r&ocirc;le important, les r&eacute;serves &eacute;nerg&eacute;tiques de l&rsquo;Afrique constituent un atout dont elle peut jouer afin d&rsquo;obtenir des garanties pour des transferts de technologie sur le long terme. <strong>Cinquante ans apr&egrave;s les ind&eacute;pendances, l&rsquo;&eacute;nergie appara&icirc;t comme un enjeu majeur du d&eacute;veloppement de l&rsquo;Afrique.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tous les pays de l&rsquo;Afrique francophone ainsi que le Nigeria vont c&eacute;l&eacute;brer cette ann&eacute;e le cinquantenaire de leur ind&eacute;pendance. 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