{"id":288,"date":"2009-12-01T11:30:47","date_gmt":"2009-12-01T11:30:47","guid":{"rendered":"http:\/\/pierrepapon.fr\/?p=288"},"modified":"2009-12-05T18:34:34","modified_gmt":"2009-12-05T18:34:34","slug":"L'\u00e9nergie et la crise: pause ou transition vers une nouvelle donne \u00e9nerg\u00e9tique?","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/pierrepapon.fr\/?p=288","title":{"rendered":"L&rsquo;\u00e9nergie et la crise: pause ou transition vers une nouvelle donne \u00e9nerg\u00e9tique?"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\">\n<img width=\"152\" src=http:\/\/pierrepapon.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/07\/Image00089.png alt=\"Image00089.png\" height=\"152\" style=\"float: left; margin: 5px; width: 134px; height: 124px\" title=\"Image00089.png\" \/>La consommation &eacute;nerg&eacute;tique mondiale va conna&icirc;tre un net recul en 2009, pour la premi&egrave;re fois depuis 1981, il est clair que la crise &eacute;conomique et financi&egrave;re qui s&rsquo;est ouverte en 2008 en est la cause. Les investissements pour l&rsquo;&eacute;nergie seront &eacute;galement en tr&egrave;s forte baisse cette ann&eacute;e, cette baisse avait &eacute;t&eacute; amorc&eacute;e &agrave; la fin 2008. L&rsquo;incidence de cette chute des investissements, si elle se poursuivait l&rsquo;an prochain, pourrait avoir des cons&eacute;quences s&eacute;rieuses pour tous les secteurs &eacute;nerg&eacute;tiques\n<\/p>\n<p><!-- more --><\/p>\n<p align=\"justify\">\n&nbsp;&nbsp;Le dernier rapport de l&rsquo;AIE (Agence Internationale de l&rsquo;Energie), <em>World Energy Outlok 2009<\/em> (<a href=\"http:\/\/www.iea.org\/\">www.iea.org<\/a> ), publi&eacute; en novembre 2009, dresse un bilan de la consommation &eacute;nerg&eacute;tique mondiale et de ses perspectives. Il fait ainsi &eacute;tat de la <strong>chute de consommation globale d&rsquo;&eacute;nergie dans le monde de 2 % en 2009,<\/strong> pour la premi&egrave;re fois depuis 1981. Sur la p&eacute;riode 2007-2010 l&rsquo;AIE pr&eacute;voit ainsi une baisse de la demande d&rsquo;&eacute;nergie de l&rsquo;ordre de 0,2% par an. <strong>Cette chute qui n&rsquo;&eacute;pargne aucun secteur est une cons&eacute;quence directe de la crise financi&egrave;re et &eacute;conomique<\/strong> qui a touch&eacute; l&rsquo;&eacute;conomie mondiale en 2008-2009, &agrave; des degr&eacute;s divers selon les pays il est vrai. Les Etats-Unis, pays qui a une boulimie d&rsquo;&eacute;nergie, la demande d&rsquo;&eacute;nergie primaire a chut&eacute; de 6% les cinq premiers mois de l&rsquo;ann&eacute;e par rapport &agrave; la m&ecirc;me p&eacute;riode de l&rsquo;ann&eacute;e 2008, avec une chute de 8% de la consommation de p&eacute;trole. Selon <em>Cap Gemini<\/em> dont l&rsquo;Observatoire europ&eacute;en des march&eacute;s de l&rsquo;&eacute;nergie publie chaque ann&eacute;e un &eacute;tat des lieux de l&rsquo;&eacute;nergie en Europe, <strong>la demande mondiale d&rsquo;&eacute;lectricit&eacute; chuterait de 3,5 % en 2009 <\/strong>et celle de gaz de 3%. Selon l&rsquo;AIE la demande &laquo; rebondirait &raquo; en 2010-2015 avec une croissance annuelle de l&rsquo;ordre de 2,5%. En relation directe avec la crise, les &eacute;missions mondiales de CO2 auront diminu&eacute; de 3% en 2009. Si la crise financi&egrave;re a &eacute;t&eacute; &agrave; l&rsquo;origine de la crise &eacute;conomique mondiale en provoquant une r&eacute;cession dans la plupart des pays d&eacute;velopp&eacute;s (la Chine et de nombreux pays &eacute;mergents en Afrique par exemple) &eacute;tant relativement moins touch&eacute;s), il est tr&egrave;s probable que la flamb&eacute;e des cours du p&eacute;trole sur la p&eacute;riode 2007-2008 (le cours du baril a atteint 150 $ en juillet 2008) a contribu&eacute; &agrave; la chute de l&rsquo;&eacute;conomie mondiale.\n<\/p>\n<p align=\"justify\">\nSi la r&eacute;cession a provoqu&eacute; une pause dans la consommation &eacute;nerg&eacute;tique mondiale qui est sans doute temporaire (il est vrai que le red&eacute;marrage de l&rsquo;&eacute;conomie mondiale est loin d&rsquo;&ecirc;tre assur&eacute;), elle a &eacute;galement eu <strong>un impact s&eacute;rieux sur les investissements destin&eacute;s aux secteurs &eacute;nerg&eacute;tiques qui ont subi une forte chute<\/strong>. Ainsi, l&rsquo;AIE estime-t-elle que globalement celle-ci serait de pr&egrave;s de 20 % dans les secteurs p&eacute;trolier et gazier en 2009 soit de l&rsquo;ordre de 90 milliards de $. Cette chute des investissements dans le secteur p&eacute;trolier et gazier conduit &agrave; diff&eacute;rer ou &agrave; annuler des projets importants : une vingtaine de projets de mise en production de nouveaux gisements de gaz et de p&eacute;trole repr&eacute;sentant une production d&rsquo;environ 2 millions de barils de p&eacute;trole \/ jour (la production actuelle est de l&rsquo;ordre de 85 millions de barils\/jour) ont &eacute;t&eacute; soit annul&eacute;s soit diff&eacute;r&eacute;s de plusieurs ann&eacute;es, de m&ecirc;me une trentaine d&rsquo;autres projets repr&eacute;sentant une capacit&eacute; de production de l&rsquo;ordre de 4 millions de barils\/jour ont &eacute;t&eacute; retard&eacute;s d&rsquo;au moins dix huit mois. Ces coupes sombres r&eacute;alis&eacute;es dans les investissements p&eacute;troliers et gaziers auront &eacute;videmment des cons&eacute;quences &agrave; long terme sur la production de gaz et surtout de p&eacute;trole dont l&rsquo;AIE pr&eacute;voit dans ses sc&eacute;narios qu&rsquo;elle devrait cro&icirc;tre pour faire face &agrave; une demande qu&rsquo;elle estime importante &agrave; l&rsquo;horizon 2030 (une augmentation de 40% de la demande d&rsquo;&eacute;nergie primaire dans son sc&eacute;nario de r&eacute;f&eacute;rence). <strong>Un red&eacute;marrage fort de l&rsquo;&eacute;conomie mondiale apr&egrave;s 2010 se traduirait m&eacute;caniquement par une forte demande de p&eacute;trole &agrave; laquelle la production ne pourrait pas faire face ce qui se traduirait par une nouvelle flamb&eacute;e du cours du baril.<\/strong> On doit observer que d&eacute;s avant la &laquo; crise&raquo; la demande mondiale de gaz avait d&eacute;j&agrave; fortement ralenti et que l&rsquo;exploitation de gisements de gaz non conventionnel aux USA (dans des schistes) y a provoqu&eacute; une baisse importante du gaz. Les gisements de p&eacute;trole non conventionnels au Canada (cf. notre br&egrave;ve &agrave; ce sujet de mai 2009) sont les plus s&eacute;v&egrave;rement touch&eacute;s par la crise car leur exploitation est difficile est co&ucirc;teuse. Des capacit&eacute;s de production de 1,5 millions de barils\/jour ont ainsi &eacute;t&eacute; suspendus voire annul&eacute;s.\n<\/p>\n<p align=\"justify\">\nD&rsquo;autres secteurs que celui des hydrocarbures sont touch&eacute;s par la crise financi&egrave;re. Celui de la production d&rsquo;&eacute;lectricit&eacute; l&rsquo;est &eacute;galement puisque <strong>dans tous les pays la demande d&rsquo;&eacute;lectricit&eacute; a chut&eacute;<\/strong>. Ainsi en Chine, o&ugrave; la demande d&rsquo;&eacute;lectricit&eacute; est tr&egrave;s forte, celle-ci a chut&eacute; de 7% au dernier trimestre 2008 et de 4% au premier trimestre 2009. Les centrales &eacute;lectriques sont tr&egrave;s &laquo; capitalistiques &raquo; dans la mesure o&ugrave; leur construction requiert la mobilisation de capitaux importants (en particulier les centrales nucl&eacute;aires) et il n&rsquo;est donc pas &eacute;tonnant que la crise &eacute;conomique et financi&egrave;re ait provoqu&eacute; une cascade d&rsquo;annulations de projets de construction de centrales. Selon l&rsquo;AIE, pr&egrave;s de la moiti&eacute; des commandes de centrales &eacute;lectriques auraient &eacute;t&eacute; annul&eacute;e dans le monde en 2009 ce qui est &eacute;videmment consid&eacute;rable (les fabricants d&rsquo;&eacute;quipement seraient plus &laquo; optimistes &raquo; et citeraient un chiffre plus proche de 30%). <strong>En Europe, l&rsquo;Espagne serait la plus touch&eacute;e par cette grippe des investissements<\/strong> (44% des investissements dans ce domaine seraient annul&eacute;s en 2009), en France, en revanche, la soci&eacute;t&eacute; GDF SUEZ a annonc&eacute; qu&rsquo;elle maintiendrait ses pr&eacute;visions d&rsquo;investissements. <strong>En Afrique plusieurs projets importants ont &eacute;t&eacute; retard&eacute;s<\/strong> voire abandonn&eacute;s (la fin de la construction d&rsquo;une centrale hydro&eacute;lectrique de 750 MW en Zambie est ainsi retard&eacute;e d&rsquo;un an). Le secteur de la transmission et de la distribution d&rsquo;&eacute;lectricit&eacute; (la grille &eacute;lectrique) qui est n&eacute;vralgique pour l&rsquo;&eacute;nergie &eacute;lectrique (il est n&eacute;cessaire de produire de l&rsquo;&eacute;lectricit&eacute; mais elle doit &ecirc;tre disponible au bon ne droit et au bon moment notamment pendant les heures de pointe) semble moins touch&eacute; par la crise des investissements, les USA et la France, notamment, ayant annonc&eacute;, &agrave; la faveur de leurs plans de relance, un effort financier important pour le d&eacute;veloppement et la consolidation de leurs r&eacute;seaux.\n<\/p>\n<p align=\"justify\">\n<strong>Paradoxalement, le secteur des &eacute;nergies renouvelables est&nbsp;&eacute;galement tr&egrave;s durement touch&eacute; par la crise<\/strong> financi&egrave;re, alors que les investissements y sont, par comparaison, moins lourds que dans les secteurs du p&eacute;trole et de l&rsquo;&eacute;lectricit&eacute; &laquo; classique &raquo;. Il est vrai que la chute du cours du baril de p&eacute;trole a contribu&eacute; &agrave; rendre moins attractifs l&rsquo;&eacute;nergie &eacute;olienne et les centrales solaires. Au premier trimestre de 2009 les investissements dans le secteur des &eacute;nergies renouvelables ont chut&eacute; de pr&egrave;s de moiti&eacute; par rapport &agrave; la m&ecirc;me p&eacute;riode de 2008 et l&rsquo;AIE s&rsquo;attend &agrave; une chute de pr&egrave;s de 20% des investissements dans le secteur par rapport &agrave; 2008 les ramenant ainsi &agrave; leur niveau de 2007, les plans de relance de l&rsquo;&eacute;conomie permettant sans doute de ralentir cette chute, notamment aux USA. <strong>L&rsquo;&eacute;olien est s&eacute;v&egrave;rement touch&eacute; puisque les commandes de turbines pour &eacute;oliennes ont chut&eacute; de pr&egrave;s d&rsquo;un facteur quatre entre le d&eacute;but et la fin de l&rsquo;ann&eacute;e 2008<\/strong>&hellip;.mais le solaire n&rsquo;&eacute;chappe pas &agrave; la crise car plusieurs pays dont l&rsquo;Espagne ont d&eacute;cid&eacute; de diminuer les avantage tarifaires (un tarif de rachat tr&egrave;s sup&eacute;rieur au co&ucirc;t du kWh classique) qui &eacute;taient conc&eacute;d&eacute; aux installations produisant de l&rsquo;&eacute;lectricit&eacute; photovolta&iuml;que. Le capital risque qui est orient&eacute; vers les &eacute;nergies renouvelables (majoritairement des fonds priv&eacute;s) a &eacute;t&eacute; aussi touch&eacute; par la crise financi&egrave;re : une chute de pr&egrave;s de 70% des fonds au deuxi&egrave;me trimestre 2009 par rapport au m&ecirc;me trimestre 2008. Enfin <strong>on observe une chute tr&egrave;s importante des investissements destin&eacute;s &agrave; la construction de &laquo; bio-raffineries &raquo;<\/strong> fabriquant des biocarburants (bio&eacute;thanol par exemple), notamment aux USA et au Br&eacute;sil o&ugrave; pr&egrave;s de la moiti&eacute; des projets de construction sont soit retard&eacute;s ou abandonn&eacute;s, il est vrai que la r&eacute;colte de le prix du sucre fortement augment&eacute; au Br&eacute;sil &agrave; la suite d&rsquo;une mauvaise r&eacute;colte.\n<\/p>\n<p align=\"justify\">\nComme dans la fable de La Fontaine, &laquo; les animaux malades de la peste &raquo;, <strong>toutes les fili&egrave;res &eacute;nerg&eacute;tiques sont frapp&eacute;es par la crise<\/strong>&hellip;.qui conduit &agrave; r&eacute;duire les investissements d&rsquo;avenir. Si ce ralentissement est provisoire, il n&rsquo;aura que peu de cons&eacute;quences sur la production des fili&egrave;res, mais si la reprise &eacute;conomique s&rsquo;av&eacute;rait vigoureuse, ce qui est d&rsquo;&ecirc;tre acquis, le cours du baril de p&eacute;trole pourrait de nouveau flamber la production ne pouvant pas faire face &agrave; une nouvelle croissance de la demande. Dans l&rsquo;industrie automobile qui a &eacute;t&eacute; tr&egrave;s durement touch&eacute; par la crise, il n&rsquo;est pas certain que les investissements en R&amp;D r&eacute;alis&eacute;s ces derni&egrave;res ann&eacute;es permettent de pr&eacute;parer de nouvelles g&eacute;n&eacute;rations de voitures plus &eacute;conomes en carburant ou &agrave; motorisation &eacute;lectrique performante (le probl&egrave;me des batteries est loin d&rsquo;&ecirc;tre r&eacute;solu). Outre la mont&eacute;e du ch&ocirc;mage, la crise a malheureusement eu un impact n&eacute;gatif sur les investissements d&rsquo;avenir (les investissements de recherche dans les entreprises dans certains pays comme la France semble-t-il) et en particulier ceux destin&eacute;s aux &eacute;nergies renouvelables qui permettraient de pr&eacute;parer une nouvelle donne &eacute;nerg&eacute;tique. Au moment o&ugrave; va s&rsquo;amorcer &agrave; Copenhague la n&eacute;gociation internationale sur le climat, il ne semble pas que l&rsquo;on ait tir&eacute; toutes les le&ccedil;ons de la crise pour pr&eacute;parer des choix &eacute;nerg&eacute;tiques. Dans cette p&eacute;riode difficile mais cl&eacute; pour l&rsquo;&eacute;conomie mondiale, <strong>il appartient aux gouvernements &agrave; travers des politiques publiques<\/strong> de recherche, de soutien &agrave; l&rsquo;innovation, de stimulation des investissements et des commandes publiques <strong>de prendre l&rsquo;initiative pour la pr&eacute;paration de l&rsquo;avenir<\/strong>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La consommation &eacute;nerg&eacute;tique mondiale va conna&icirc;tre un net recul en 2009, pour la premi&egrave;re fois depuis 1981, il est clair que la crise &eacute;conomique et financi&egrave;re qui s&rsquo;est ouverte en 2008 en est la cause. 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