{"id":286,"date":"2009-10-24T10:45:55","date_gmt":"2009-10-24T10:45:55","guid":{"rendered":"http:\/\/pierrepapon.fr\/?p=286"},"modified":"2009-10-24T10:49:13","modified_gmt":"2009-10-24T10:49:13","slug":"Energie et biocarburants: la biologie ouvre-t-elle des voies nouvelles?","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/pierrepapon.fr\/?p=286","title":{"rendered":"Energie et biocarburants: la biologie ouvre-t-elle des voies nouvelles?"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\">\n<img width=\"154\" src=http:\/\/pierrepapon.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/07\/Image00047-300x240.jpg alt=\"Image00047.jpg\" height=\"123\" style=\"float: left; margin: 5px; width: 154px; height: 123px\" title=\"Image00047.jpg\" \/>Les carburants d&eacute;riv&eacute;s du p&eacute;trole demeurent, pour l&rsquo;heure, indispensables pour les transports et, depuis plusieurs ann&eacute;es d&eacute;j&agrave;, la voie des biocarburants est consid&eacute;r&eacute;e comme une alternative possible, m&ecirc;me partielle, &agrave; l&rsquo;essence et au gazole. Cependant alors que l&rsquo;on s&rsquo;interroge sur le bilan &eacute;nerg&eacute;tique et l&rsquo;impact des biocarburants actuels, la recherche en biologie et en g&eacute;n&eacute;tique est peut &ecirc;tre en train d&rsquo;ouvrir des voies nouvelles dans ce domaine. Il est donc utile de faire le point.\n<\/p>\n<p><!-- more --><\/p>\n<p align=\"justify\">\n&nbsp;&nbsp; <strong>Les carburants d&eacute;riv&eacute;s du p&eacute;trole sont encore indispensables dans le secteur des transports<\/strong> (52% du p&eacute;trole mondial est destin&eacute; au transport) mais pour pallier l&rsquo;&eacute;puisement in&eacute;vitable des r&eacute;serves et pour satisfaire aux objectifs de lutte contre le r&eacute;chauffement climatique, les gouvernements dans de nombreux pays d&eacute;velopp&eacute;s (au Br&eacute;sil aussi) ont accord&eacute; une place de choix aux biocarburants (&eacute;thanol et esters pour le diesel) produits &agrave; partir d&rsquo;une biomasse renouvelable. <strong>Le plan Energie- Climat de l&rsquo;UE fixe d&rsquo;ailleurs &agrave; 10 % la part des biocarburants qui devraient &ecirc;tre utilis&eacute;s dans les transports en 2020<\/strong> (&agrave; condition qu&rsquo;ils &eacute;mettent 35% de moins de gaz carbonique que les carburants p&eacute;troliers). Toutefois, apr&egrave;s quelques ann&eacute;es d&rsquo;euphorie, les biocarburants dits de premi&egrave;re g&eacute;n&eacute;ration (produits &agrave; partir de grains de bl&eacute;, ma&iuml;s, colza, tournesol) et de plantes &agrave; sucre (betterave, canne) ont &eacute;t&eacute; l&rsquo;objet d&rsquo;une vol&eacute;e de critiques. Un premier lot de critiques concerne leur impact climatique : le bilan carbone des biocarburants (leurs &eacute;missions totales de gaz carbonique lorsqu&rsquo;on prend en compte toute la cha&icirc;ne de production depuis la mise en culture jusqu&rsquo;au stade industriel) compar&eacute; &agrave; ceux de l&rsquo;essence ou du gazole est incertain sauf pour le bio&eacute;thanol produit &agrave; partir de la canne &agrave; sucre comme au Br&eacute;sil pour lequel il est nettement positif. <strong>Un rapport de l&rsquo;ADEME (<\/strong><a href=\"http:\/\/www.ademe.fr\/\">www.ademe.fr<\/a> ), <strong>publi&eacute; en octobre 2009, montre cependant que le bilan carbone des biocarburants est dans la majorit&eacute; des cas meilleur que celui des carburants p&eacute;troliers<\/strong> si l&rsquo;on n&rsquo;a pas chang&eacute; l&rsquo;affection de sols pour les produire (par d&eacute;forestation par exemple). Le bio&eacute;thanol produit &agrave; partir de ma&iuml;s &eacute;mettrait 64% de CO2 de moins que l&rsquo;essence et celui avec la canne &agrave; sucre 78% mais celui produit avec le bl&eacute; 57% de moins seulement. Pour le biogazole, selon l&rsquo;ADEME, l&rsquo;ester de soja &eacute;mettrait 79% de moins de CO2 que le gazole. Un second type de critiques tend &agrave; souligner que <strong>les biocarburants fabriqu&eacute;s &agrave; partir de produits agricoles destin&eacute;s &agrave; l&rsquo;alimentation humaine entrent en concurrence directe avec des produits alimentaires<\/strong> alors que les besoins de la plan&egrave;te dans ce domaine vont augmenter &agrave; l&rsquo;avenir (les crises alimentaires risquent de s&rsquo;aggraver).\n<\/p>\n<p align=\"justify\">\nCes critiques conduisent les promoteurs de la fili&egrave;re &agrave; chercher une voie alternative :<strong> fabriquer de l&rsquo;&eacute;thanol, voire d&rsquo;autres alcools et des hydrocarbures, &agrave; partir d&rsquo;une biomasse non alimentaire<\/strong> (r&eacute;sidus agricoles et forestiers, tiges et feuilles, herbes). Cette fili&egrave;re dite des biocarburants de &laquo; deuxi&egrave;me g&eacute;n&eacute;ration &raquo; n&eacute;cessite encore beaucoup de recherches. Si plusieurs voies peuvent &ecirc;tre emprunt&eacute;es pour cette fili&egrave;re, elles passent toutes par <strong>l&rsquo;utilisation de la cellulose<\/strong>, et &eacute;ventuellement de l&rsquo;h&eacute;micellulose, qui sont des sucres constituant les parois des cellules v&eacute;g&eacute;tales. La cellulose est intriqu&eacute;e avec de la lignine, un polym&egrave;re qui forme des fibrilles et qui est difficilement utilisable. Il faut d&rsquo;abord d&eacute;structurer la mati&egrave;re ligno-cellulosique pour obtenir des sucres comme mat&eacute;riau de base. Cette &eacute;tape franchie, la voie classique est celle de la biochimie qui permet de r&eacute;aliser une fermentation des sucres et de produire de l&rsquo;&eacute;thanol &agrave; l&rsquo;aide d&rsquo;un cocktail d&rsquo;enzymes d&rsquo;origine microbienne ou produits par des champignons. La voie thermodynamique est une alternative : on gaz&eacute;ifie la biomasse &agrave; haute temp&eacute;rature (900-1000&deg;C) et par des r&eacute;actions catalytiques on produit de l&rsquo;&eacute;thanol et &eacute;ventuellement des hydrocarbures. Cette voie utilise des techniques que connaissent les p&eacute;troliers et qui se rapprochent aussi des m&eacute;thodes utilis&eacute;es pour fabriquer des carburants synth&eacute;tiques &agrave; partir du charbon par gaz&eacute;ification (le proc&eacute;d&eacute; classique dit Fischer-Tropsch notamment). Ces techniques restent encore co&ucirc;teuses (les co&ucirc;ts de production de l&rsquo;&eacute;thanol sont deux fois plus &eacute;lev&eacute;es que par la voie classique &agrave; partir du ma&iuml;s ou de la canne &agrave; sucre). Si les deux voies, biochimique et thermochimique, sont au point, il reste &agrave; am&eacute;liorer les rendements des proc&eacute;d&eacute;s.<strong> <\/strong>\n<\/p>\n<p align=\"justify\">\n<strong>D&rsquo;autres voies plus prospectives sont encore des chantiers de recherche<\/strong>. L&rsquo;une d&rsquo;elles consiste &agrave; faire une nouvelle chimie en sautant l&rsquo;&eacute;tape de la fermentation des sucres pour produire directement des hydrocarbures par des r&eacute;actions catalytiques (en utilisant le platine comme catalyseur &agrave; 330&deg; C). L&rsquo;autre voie, probablement tr&egrave;s prometteuse, est <strong>une strat&eacute;gie g&eacute;n&eacute;tique<\/strong> qui vise &agrave; trouver des souches de bact&eacute;ries ou de levures qui augmenteraient les rendements de saccharification (la production des sucres) et de fermentation, quitte &agrave; utiliser le g&eacute;nie g&eacute;n&eacute;tique pour transformer les bact&eacute;ries ou les levures, pour les faire produire de nouvelles enzymes. L&rsquo;objectif serait d&rsquo;obtenir des alcools (l&rsquo;&eacute;thanol, et le butanol qui a une plus grande densit&eacute; &eacute;nerg&eacute;tique) mais aussi des hydrocarbures (cf. Regalbuto, J.R., &laquo; Cellulosic biofuels &#8211; Got gasoline ? &raquo;, <em>Science<\/em>, vol. 325, p. 822,14 August 2009, <a href=\"http:\/\/www.sciencemag.org\/\">www.sciencemag.org<\/a> ). On pourrait tenter d&rsquo;utiliser, par exemple, les enzymes de bact&eacute;ries pr&eacute;sentes dans le syst&egrave;me digestif des termites qui ont la d&eacute;sagr&eacute;able habitude de s&rsquo;attaquer au bois et qui savent le d&eacute;grader. Une troisi&egrave;me possibilit&eacute;, enfin, est de <strong>modifier le g&eacute;nome des plantes <\/strong>afin de changer la composition mol&eacute;culaire des cellules (par exemple la r&eacute;partition entre la cellulose, l&rsquo;h&eacute;micellulose et la lignine). Plusieurs g&eacute;nomes ont &eacute;t&eacute; s&eacute;quenc&eacute;s dont celui du peuplier et de l&rsquo;herbe g&eacute;ante, <em>Miscanthus,<\/em> ce qui est une &eacute;tape pr&eacute;alable pour produire des OGM qui seraient le mat&eacute;riau de base pour la fabrication de biocarburants.\n<\/p>\n<p align=\"justify\">\n<strong>L&rsquo;utilisation des algues ouvrirait la voie &agrave; une troisi&egrave;me g&eacute;n&eacute;ration<\/strong> de biocarburants, des microalgues pouvant produire des esters destin&eacute;s au diesel. Cette fili&egrave;re pr&eacute;sente l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t de ne pas n&eacute;cessiter la mobilisation de terres agricoles (on utilise des bassins en bord de mer ou des terrains avec des eaux saum&acirc;tres) L&agrave; encore, la possibilit&eacute; de <strong>modifier le g&eacute;nome des algues<\/strong> pour les faire produire des hydrocarbures (par transformation des lipides) permettrait sans doute d&rsquo;obtenir des carburants avec des bons rendements. En juillet dernier, la soci&eacute;t&eacute; am&eacute;ricaine <em>Exxon <\/em>a annonc&eacute; qu&rsquo;elle allait investir 600 millions de $ pour un programme de recherche sur cette fili&egrave;re (Service, R.S., &laquo; ExxonMobil fuels Venter&rsquo;s efforts to run vehicles on algae-based oil &raquo;, <em>Science<\/em>, vol. 325, p. 379, 24 July 2009 <a href=\"http:\/\/www.sceincemag.org\/\">www.sciencemag.org<\/a> ) en coop&eacute;ration &eacute;troite avec la soci&eacute;t&eacute; de biotechnologie Synthetic Genomics, bas&eacute;e en Californie et dirig&eacute;e par le biologiste Craig Venter. Celui-ci annonce qu&rsquo;il a pu transformer le g&eacute;nome de certaines souches d&rsquo;algues pour les faire produire des hydrocarbures. L&rsquo;avantage potentiel de ces proc&eacute;d&eacute;s est de pouvoir &ecirc;tre utilis&eacute;s en continu dans des r&eacute;acteurs industriels sans mobiliser des terrains. <strong>Observons aussi que la voie des algues est, sans doute, int&eacute;ressante pour les pays en d&eacute;veloppement<\/strong> qui ont une fa&ccedil;ade maritime.\n<\/p>\n<p align=\"justify\">\nOn n&rsquo;&eacute;vitera probablement pas une utilisation partielle des biocarburants dans les transports mais cette fili&egrave;re devra trouver des techniques de production &agrave; partir d&rsquo;une mati&egrave;re premi&egrave;re v&eacute;g&eacute;tale (cellulose, algues, etc.) qui ne soit pas destin&eacute;e &agrave; la consommation alimentaire. Si beaucoup de progr&egrave;s restent &agrave; faire dans ce domaine, il appara&icirc;t que <strong>la voie de la &laquo; bioing&eacute;nierie &raquo; utilisant les techniques de la g&eacute;n&eacute;tique est tr&egrave;s prometteuse<\/strong>. Plusieurs publications r&eacute;centes (pendant l&rsquo;&eacute;t&eacute;) font &eacute;tat de perc&eacute;es dans le domaine de la &laquo; biologie synth&eacute;tique &raquo; : des &eacute;quipes am&eacute;ricaines (dont celle de C.Venter) ont modifi&eacute; des g&eacute;nomes de bact&eacute;ries en y rempla&ccedil;ant des g&egrave;nes par des petites s&eacute;quences d&rsquo;ADN synth&eacute;tiques ce qui permet d&rsquo;augmenter consid&eacute;rablement le rendement de production de compos&eacute;s organiques qu&rsquo;elles synth&eacute;tisent naturellement. C&rsquo;est une voie qui peut &ecirc;tre appliqu&eacute;e &agrave; la production de biocarburants. <strong>Les USA sont en train de prendre une nette avance<\/strong> dans les recherches dans cette voie<strong>&nbsp;que la France, emp&ecirc;tr&eacute;e dans la querelle sur les OGM, tarde &agrave; emprunter<\/strong>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les carburants d&eacute;riv&eacute;s du p&eacute;trole demeurent, pour l&rsquo;heure, indispensables pour les transports et, depuis plusieurs ann&eacute;es d&eacute;j&agrave;, la voie des biocarburants est consid&eacute;r&eacute;e comme une alternative possible, m&ecirc;me partielle, &agrave; l&rsquo;essence et au gazole. Cependant alors que l&rsquo;on s&rsquo;interroge sur le bilan &eacute;nerg&eacute;tique et l&rsquo;impact des biocarburants actuels, la recherche en biologie et en g&eacute;n&eacute;tique [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/pierrepapon.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/286"}],"collection":[{"href":"http:\/\/pierrepapon.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/pierrepapon.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/pierrepapon.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/pierrepapon.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=286"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/pierrepapon.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/286\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/pierrepapon.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=286"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/pierrepapon.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=286"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/pierrepapon.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=286"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}