{"id":277,"date":"2009-06-02T17:26:25","date_gmt":"2009-06-02T17:26:25","guid":{"rendered":"http:\/\/pierrepapon.fr\/?p=277"},"modified":"2009-06-03T10:41:48","modified_gmt":"2009-06-03T10:41:48","slug":"Energie et p\u00e9trole dans les pays en d\u00e9veloppement: la mal\u00e9diction de l'or noir est-elle \u00e9vitable?","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/pierrepapon.fr\/?p=277","title":{"rendered":"Energie et p\u00e9trole dans les pays en d\u00e9veloppement: la mal\u00e9diction de l&rsquo;or noir est-elle \u00e9vitable?"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\">\n<img width=\"145\" src=http:\/\/pierrepapon.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/07\/confrence_ama_p.p_tintin-240x300.jpg alt=\"confrence_ama_p.p_tintin.jpg\" height=\"181\" style=\"float: left; margin: 5px; width: 125px; height: 147px\" title=\"confrence_ama_p.p_tintin.jpg\" \/>Les mati&egrave;res premi&egrave;res, en particulier les hydrocarbures, sont la source d&rsquo;une manne financi&egrave;re appr&eacute;ciable pour les pays en d&eacute;veloppement qui les d&eacute;tiennent car leur exploitation leur procure des ressources financi&egrave;res souvent tr&egrave;s importantes. L&rsquo;utilisation de la &laquo; rente p&eacute;troli&egrave;re &raquo; par les pays pourvus d&rsquo;importantes r&eacute;serves d&rsquo;hydrocarbures (les pays du Moyen Orient mais aussi africains) est l&rsquo;objet de d&eacute;bats depuis plusieurs ann&eacute;es auxquels la &laquo; crise &raquo; a donn&eacute; une certaine actualit&eacute; (les recettes diminuant) : cette rente profite-t-elle vraiment aux populations des pays producteurs ?\n<\/p>\n<p><!-- more --><\/p>\n<p align=\"justify\">\n&nbsp;L&rsquo;Espagne a b&eacute;n&eacute;fici&eacute;, on le sait, d&rsquo;importantes ressources en or et en argent &agrave; partir du XVI e si&egrave;cle que lui procurait l&rsquo;exploitation de mines dans ses colonies d&rsquo;Am&eacute;rique et de nombreux historiens ont &eacute;mis l&rsquo;hypoth&egrave;se que <strong>l&rsquo;afflux d&rsquo;argent et d&rsquo;or avait contribu&eacute; au rapide d&eacute;clin de l&rsquo;Espagne<\/strong> dans la seconde moiti&eacute; du XVIIe si&egrave;cle. En effet, l&rsquo;exc&egrave;s de masse mon&eacute;taire m&eacute;tallique sans v&eacute;ritable contrepartie de production de biens avait provoqu&eacute; une inflation, l&rsquo;Espagne se contentant d&rsquo;importer des marchandises diverses sans tenter de les produire sur son propre territoire. Apr&egrave;s un &laquo; si&egrave;cle d&rsquo;or &raquo; o&ugrave; l&rsquo;Espagne de Charles Quint avait domin&eacute; l&rsquo;Europe, celle-ci s&rsquo;est affaiblie et a d&eacute;clin&eacute; lentement tout au long du XVII e si&egrave;cle. Les pays en d&eacute;veloppement qui engrangent une important rente p&eacute;troli&egrave;re pourraient-ils conna&icirc;tre cette <strong>&laquo; mal&eacute;diction de l&rsquo;or &raquo;<\/strong> comme l&rsquo;Espagne de jadis sous la forme d&rsquo;une <strong>mal&eacute;diction de &laquo; l&rsquo;or noir &raquo;<\/strong> ? Avec la mont&eacute;e continue du prix des mati&egrave;res premi&egrave;res (cuivre, fer, nickel, hydrocarbures, or et diamants) depuis le d&eacute;but du si&egrave;cle jusqu&rsquo;en juillet 2008 (le cours du baril de p&eacute;trole est mont&eacute;, rappelons le jusqu&rsquo;&agrave; 150 $ le baril), <strong>tous les pays producteurs d&rsquo;hydrocarbures se sont constitu&eacute; un confortable matelas de ressources budg&eacute;taires gr&acirc;ce aux redevances p&eacute;troli&egrave;res<\/strong> qui devraient, en principe, leur permettre d&rsquo;investir dans les secteurs cl&eacute;s pour leur d&eacute;veloppement &eacute;conomique (infrastructures de transport, barrage, agriculture) et aussi dans des domaines assurant le bien &ecirc;tre de leur population (sant&eacute; et &eacute;ducation). Ainsi en Afrique, le Nigeria et l&rsquo;Angola, les deux plus grands producteurs de p&eacute;trole du continent, ont engrang&eacute; des ressources budg&eacute;taires consid&eacute;rables (en 2007, la production de p&eacute;trole en Afrique sub-saharienne a atteint 5,7 millions de barils par jour- un peu plus de la moiti&eacute; de celle de l&rsquo;Arabie Saoudite &#8211; elle &eacute;tait export&eacute;e &agrave; 90%).<strong> Alors que la croissance &eacute;conomique moyenne des pays africains &eacute;tait de 5% par an, le boom p&eacute;trolier a fait bondir &agrave; 16% la croissance du PIB de l&rsquo;Angola en 2007. <\/strong>On observe aussi qu&rsquo;au Nigeria o&ugrave; le p&eacute;trole repr&eacute;sentait 40% du PIB ces derni&egrave;res ann&eacute;es et 95 % des exportations et de 70 &agrave; 80% des recettes budg&eacute;taires du pays mais&hellip;.que le revenu par habitant a chut&eacute; de 250 &agrave; 212 $ entre 1965 et 2004 (on lira sur ces questions le tr&egrave;s int&eacute;ressant article de Th. Vercoulon &laquo; mati&egrave;res premi&egrave;res, r&eacute;gulations internationales et Etats rentiers &raquo;, <em>Etudes<\/em>, mai 2009, p.283). Dans de nombreux pays producteurs d&rsquo;hydrocarbures des compagnies nationales sont le pilier central de l&rsquo;&eacute;conomie nationale (l&rsquo;Aramco en Arabie saoudite, Sonangol en Angola) et les recettes budg&eacute;taires qu&rsquo;elles procurent au pays sont &eacute;videmment fortement convoit&eacute;es par les d&eacute;tenteurs du pouvoir politique et administratif&nbsp;et elles sont d&rsquo;ailleurs &agrave; l&rsquo;origine d&rsquo;une corruption rampante. <strong>Ce r&ocirc;le jou&eacute; par la rente p&eacute;troli&egrave;re et par son utilisation se pose dans pratiquement tous les pays producteurs :<\/strong> en Afrique, au Moyen Orient et en Europe (en Norv&egrave;ge et au Royaume Uni en particulier). La Hollande a ainsi &eacute;t&eacute; montr&eacute;e du doigt, il y a quelques ann&eacute;es, pour son incapacit&eacute; &agrave; g&eacute;rer &laquo; sagement &raquo; les recettes que lui procurait l&rsquo;exploitation du gisement de gaz de Groningue (une &laquo; mal&eacute;diction du gaz &raquo;&hellip;) alors qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui la Norv&egrave;ge est montr&eacute;e en exemple pour la gestion de sa rente p&eacute;troli&egrave;re qu&rsquo;elle a en partie plac&eacute; dans un &laquo; fonds souverain &raquo; dot&eacute; de 300 milliards de $ qui lui permet de pr&eacute;parer l&rsquo;avenir (certains pays du Golfe font de m&ecirc;me).\n<\/p>\n<p align=\"justify\">\nL&rsquo;explo<strong>itation des mati&egrave;res premi&egrave;res est aussi &agrave; l&rsquo;origine de conflits r&eacute;gionaux et de guerres civiles en Afrique<\/strong> (sans parler des guerres d&rsquo;Irak&hellip;). Les contestations frontali&egrave;res entre le Nigeria et le Cameroun dans la r&eacute;gion du delta du Niger avaient ainsi pour origine la volont&eacute; de chacun des deux pays de s&rsquo;assurer le contr&ocirc;le d&rsquo;une r&eacute;gion potentiellement riche en hydrocarbures o&ugrave;, par ailleurs, s&rsquo;est d&eacute;velopp&eacute;e une gu&eacute;rilla aliment&eacute;e par la revendication des populations locales d&rsquo;une meilleure r&eacute;partition de la manne p&eacute;troli&egrave;re. Ce conflit frontalier a &eacute;t&eacute; r&eacute;gl&eacute;, en 2008, par l&rsquo;acceptation par le Nigeria d&rsquo;un arbitrage international rendu par le tribunal international de La Haye qui a c&eacute;d&eacute; au Cameroun le territoire contest&eacute;, la p&eacute;ninsule de Bakassi (cet exemple rare de l&rsquo;acceptation d&rsquo;un arbitrage international vaut d&rsquo;&ecirc;tre soulign&eacute;, cf. M.Bomki, &laquo; La p&eacute;ninsule de Bakassi : une le&ccedil;on pour l&rsquo;Afrique &raquo;, <em>D&eacute;bats, Courrier de l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest<\/em>, No 60, D&eacute;cembre 2008). <strong>Au Congo-Brazzaville<\/strong>, les convoitises p&eacute;troli&egrave;res ont jou&eacute; un r&ocirc;le dans la guerre civile qui a d&eacute;vast&eacute; une partie du pays &agrave; la fin des ann&eacute;es 1990 et dans la R&eacute;publique D&eacute;mocratique du Congo l&rsquo;instabilit&eacute; qui r&egrave;gne depuis de nombreuses ann&eacute;es est entretenue par les trafics li&eacute;s, notamment, &agrave; l&rsquo;exploitation des diamants. Enfin il faut rappeler que <strong>la sollicitude de la Chine &agrave; l&rsquo;&eacute;gard des pays africains (le Soudan et l&rsquo;Angola notamment) est motiv&eacute;e par son d&eacute;sir de s&rsquo;assurer des approvisionnements &eacute;nerg&eacute;tiques<\/strong> &agrave; long terme dont elle a besoin.\n<\/p>\n<p align=\"justify\">\n<strong>Des ressources et des recettes p&eacute;troli&egrave;res pour quoi faire ?<\/strong> Telle est la question que pose l&rsquo;exploitation des hydrocarbures par tous les pays en d&eacute;veloppement (la question ne se pose pas dans les m&ecirc;mes termes pour les pays europ&eacute;ens, les USA et la Russie). Il ne faut pas oublier que les hydrocarbures sont d&rsquo;abord une mati&egrave;re premi&egrave;re &eacute;nerg&eacute;tique dont tous les pays ont besoin, notamment les pays en d&eacute;veloppement. <strong>L&rsquo;approvisionnement &eacute;nerg&eacute;tique est une question critique en Afrique<\/strong> car <strong>pr&egrave;s de la moiti&eacute; des habitants de l&rsquo;Afrique sub-saharienne n&rsquo;ont pas d&rsquo;acc&egrave;s direct &agrave; l&rsquo;&eacute;lectricit&eacute;<\/strong> (la plupart des habitants des villes ne disposent pas d&rsquo;un &eacute;clairage &eacute;lectrique). Alors que la consommation moyenne en &eacute;lectricit&eacute; par habitant est de 6 600 kWh par an Europe, elle n&rsquo;est que de 10 kWh au Tchad, de 56 kWh &agrave; Madagascar mais de 5000 kWh en Afrique du sud (qui a des ressources importantes de charbon). <strong>Dans de nombreux pays africains la principale ressource en combustible pour les usages domestiques est la biomasse<\/strong> (bois, d&eacute;chets v&eacute;g&eacute;taux) et le charbon de bois dont l&rsquo;utilisation est tr&egrave;s polluant et a un impact n&eacute;gatif sur la sant&eacute; (en particulier pour les femmes qui se consacrent aux t&acirc;ches m&eacute;nag&egrave;res). Utiliser des combustibles liquides d&eacute;riv&eacute;s du p&eacute;trole est donc un imp&eacute;ratif. La construction de barrages et le lignes &eacute;lectriques est une possibilit&eacute; dans l&rsquo;est et le centre de l&rsquo;Afrique, le recours &agrave; des centrales thermiques utilisant des turbines &agrave; gaz en est une autre (une grande centrale dot&eacute; de deux turbines &agrave; gaz de 150 MW aliment&eacute;e par le gaz d&rsquo;un gisement off-shore est en construction dans la banlieue de Pointe Noire au Congo-Brazzaville). L&rsquo;&eacute;lectrification rurale avec le d&eacute;veloppement des &eacute;nergies renouvelables est un autre objectif. Tout cela n&eacute;cessite des investissements que la rente p&eacute;troli&egrave;re serait en principe capable d&rsquo;assurer. Dans son dernier rapport le<em> World Energy Outlook 2008<\/em>, l&rsquo;Agence internationale de l&rsquo;&eacute;nergie (AIE) estimait ainsi que les investissements n&eacute;cessaires pour assurer les besoins &eacute;nerg&eacute;tiques de base des pays de l&rsquo;Afrique sub-saharienne s&rsquo;&eacute;levaient &agrave; 18 milliards de $ soit &agrave; 0,4% des ressources budg&eacute;taires globales que les pays producteurs d&rsquo;hydrocarbures devraient retirer de leurs exportations de p&eacute;trole (ces estimations dataient d&rsquo;avant la crise il est vrai)&hellip;. <strong>L&rsquo;utilisation de la rente p&eacute;troli&egrave;re est avant tout un probl&egrave;me politique<\/strong> et les pays concern&eacute;s sont particuli&egrave;rement chatouilleux sur ce point l&agrave;, estimant, &agrave; juste titre que les ressources p&eacute;troli&egrave;res leur appartiennent. L&rsquo;exemple du Tchad a montr&eacute; les difficult&eacute;s auxquelles se heurtent des agences internationales comme la Banque Mondiale lorsque celles-ci veulent imposer des conditions pour l&rsquo;utilisation de cr&eacute;dits destin&eacute;s &agrave; des projets de d&eacute;veloppements li&eacute;s &agrave; l&rsquo;exploitation de ressources p&eacute;troli&egrave;res. Dans ce cas pr&eacute;cis la Banque mondiale avait imagin&eacute; avec un consortium p&eacute;trolier un dispositif permettant une bonne &laquo; gouvernance &raquo; de la rente pr&eacute;vue par l&rsquo;exploitation d&rsquo;un nouveau gisement de p&eacute;trole avec une compensation pour les populations locales (il fallait aussi construire un pipe line pour &eacute;vacuer le p&eacute;trole vers un port sur la c&ocirc;te camerounaise) ; le gouvernement tchadien soucieux d&rsquo;utiliser la rente p&eacute;troli&egrave;re comme il l&rsquo;entendait (notamment pour des achats d&rsquo;armes) n&rsquo;a pas respect&eacute; cet accord qui est devenu caduc en 2008.\n<\/p>\n<p align=\"justify\">\n<strong>Existerait-il donc une &laquo; mal&eacute;diction de l&rsquo;or noir &raquo; qui priverait les populations des pays producteurs de p&eacute;trole de b&eacute;n&eacute;ficier des retomb&eacute;es d&rsquo;une ressource qui est la leur ?<\/strong> La question est aujourd&rsquo;hui ouverte. Les exemples de la Norv&egrave;ge et de plusieurs pays du Golfe persique montrent qu&rsquo;il est possible d&rsquo;&eacute;chapper &agrave; cette mal&eacute;diction. <strong>Assurer une bonne gouvernance<\/strong> nationale ou r&eacute;gionale de ces ressources et de ces recettes est un imp&eacute;ratif cat&eacute;gorique qui <strong>passe par effort continu de formation <\/strong>de cadres (ing&eacute;nieurs, techniciens, administrateurs) dot&eacute;s <strong>d&rsquo;un solide sens de l&rsquo;&eacute;thique pour que &laquo; l&rsquo;Etat rentier &raquo; soit davantage soucieux du bien public.<\/strong> C&rsquo;est cet effort qu&rsquo;entreprennent certaines universit&eacute;s en Afrique (notamment l&rsquo;Universit&eacute; Catholique d&rsquo;Afrique Centrale, l&rsquo;UCAC &agrave; Yaound&eacute; &#8211; qui a cr&eacute;&eacute; avec le soutien de l&rsquo;ICAM en France un cycle de formation de techniciens &agrave; Pointe Noire et un cycle de formation d&rsquo;ing&eacute;nieurs &agrave; Douala l&rsquo;Institut Sup&eacute;rieur de Technologie d&rsquo;Afrique Centrale (ISTAC) &#8211; et un Institut, le CERAP &agrave; Abidjan, &agrave; travers des masters sur la gouvernance). Les organisations internationales comme la Banque Mondiale et les institutions de l&rsquo;UE peuvent contribuer &agrave; &eacute;viter que les pays en d&eacute;veloppement soient touch&eacute;s par la mal&eacute;diction de l&rsquo;or noir en co-finan&ccedil;ant avec les Etats africains des infrastructures (barrages, &eacute;coles, h&ocirc;pitaux, r&eacute;seaux d&rsquo;&eacute;lectrification rurale, etc.) sur leurs budgets aliment&eacute;s par la rente p&eacute;troli&egrave;re&hellip;quand elle existe. Quant aux soci&eacute;t&eacute;s p&eacute;troli&egrave;res occidentales, elles peuvent aussi contribuer &agrave; des projets de d&eacute;veloppement en finan&ccedil;ant directement des projets d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t g&eacute;n&eacute;ral dans la sant&eacute; et la formation notamment (ce que fait par exemple Total en aidant l&rsquo;ISTAC par la mise &agrave; disposition de locaux pour l&rsquo;enseignement). <strong>La &laquo; mal&eacute;diction de l&rsquo;or noir &raquo; est &eacute;vitable<\/strong> si les pays en d&eacute;veloppement et leurs gouvernants prennent conscience que leurs ressources sont un atout pour rentrer dans le XXI e si&egrave;cle&hellip;.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les mati&egrave;res premi&egrave;res, en particulier les hydrocarbures, sont la source d&rsquo;une manne financi&egrave;re appr&eacute;ciable pour les pays en d&eacute;veloppement qui les d&eacute;tiennent car leur exploitation leur procure des ressources financi&egrave;res souvent tr&egrave;s importantes. 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