{"id":265,"date":"2008-12-18T11:22:09","date_gmt":"2008-12-18T11:22:09","guid":{"rendered":"http:\/\/pierrepapon.fr\/?p=265"},"modified":"2008-12-18T11:41:17","modified_gmt":"2008-12-18T11:41:17","slug":"Energie et climat: le gaz carbonique est-il stockable?","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/pierrepapon.fr\/?p=265","title":{"rendered":"Energie et climat: le gaz carbonique est-il stockable?"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\">\n<img width=\"145\" src=http:\/\/pierrepapon.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/07\/confrence_ama_fume_usine-257x300.jpg alt=\"confrence_ama_fume_usine.jpg\" height=\"169\" style=\"float: left; margin: 5px; width: 133px; height: 158px\" title=\"confrence_ama_fume_usine.jpg\" \/>L&rsquo;utilisation massive des combustibles fossiles soit comme carburants dans les transports, d&eacute;riv&eacute;s de produits p&eacute;troliers, soit comme combustibles (charbon, gaz naturel et p&eacute;trole) dans les centrales &eacute;lectriques est une cause majeure du changement climatique provoqu&eacute; par l&rsquo;homme. Ces combustibles ont tous l&rsquo;inconv&eacute;nient d&rsquo;&eacute;mettre du gaz carbonique qui amplifie l&rsquo;effet de serre. Se d&eacute;barasser de ce gaz est une option souvent envisag&eacute;e dans les sc&eacute;narios &eacute;nerg&eacute;tiques mais il reste &agrave; savoir comment&#8230;\n<\/p>\n<p><!-- more --><\/p>\n<p align=\"justify\">\nLe sc&eacute;nario de r&eacute;f&eacute;rence pr&eacute;sent&eacute; par l&rsquo;Agence Internationale de l&rsquo;Energie (AIE) dans son rapport 2008, le World Energy Outlook 2008 (cf. notre &eacute;ditorial), pr&eacute;voit une <strong>progression de 45% des &eacute;missions de gaz carbonique d&rsquo;ici 2030<\/strong> li&eacute;es &agrave; la consommation d&rsquo;&eacute;nergie et &agrave; la croissance de la demande (soit des &eacute;missions de 41 Gtonnes) ; les secteurs des transports et de la production d&rsquo;&eacute;lectricit&eacute; seraient responsables tous deux de 70% de cette progression des &eacute;missions. L&rsquo;AIE estime que <strong>cette forte croissance des &eacute;missions de CO2 sera un facteur d&eacute;terminant d&rsquo;un r&eacute;chauffement climatique<\/strong> de grande ampleur (comme le &laquo; pr&eacute;voit &raquo; le GIEC), aussi propose-t-elle deux sc&eacute;nario alternatifs avec une moindre croissance de la demande et donc des &eacute;missions de CO2 qui permettraient, sans doute, de limiter le r&eacute;chauffement de la plan&egrave;te. Ces sc&eacute;narios supposent une diminution drastique de la consommation d&rsquo;&eacute;nergie fossile et notamment de celle du charbon dans les centrales thermiques et la construction de centrales thermiques avec des dispositifs de captation et de stockage du CO2 &agrave; la sortie des centrales &agrave; partir de 2020 (le sc&eacute;nario le plus ambitieux suppose que toutes les centrales au charbon devraient &ecirc;tre &eacute;quip&eacute;es de tels dispositifs apr&egrave;s 2020). Dans l&rsquo;&eacute;tat actuel des techniques il est exclu, &eacute;videmment, d&rsquo;envisager de s&eacute;parer le CO2 &eacute;mis par des moteurs de v&eacute;hicules &agrave; essence ou diesel. <strong>Le probl&egrave;me technico-&eacute;conomique de la s&eacute;paration et du stockage du CO2 est donc pos&eacute;<\/strong> avec l&rsquo;hypoth&egrave;se qu&rsquo;il puisse constituer un &eacute;l&eacute;ment de la lutte contre le r&eacute;chauffement climatique. Il est donc utile de faire un point rapide sur cette question.\n<\/p>\n<p align=\"justify\">\nIl existe plusieurs proc&eacute;d&eacute;s physico-chimiques qui permettent de s&eacute;parer, plus ou moins efficacement, le gaz carbonique &eacute;mis lors de la combustion du charbon, du gaz ou du p&eacute;trole dans une centrale thermique (le probl&egrave;me se posant aussi dans les usines de liqu&eacute;faction du charbon), nous les avons largement &eacute;voqu&eacute; dans une br&egrave;ve pr&eacute;c&eacute;dente. Cette s&eacute;paration faite (par dissolution dans un solvant organique, une amine, ou par filtrage par une membrane ou absorption par un solide poreux, ce qui a un co&ucirc;t &eacute;nerg&eacute;tique non n&eacute;gligeable), <strong>il reste &agrave; transporter et stocker le CO2 dans un r&eacute;servoir souterrain<\/strong>, l&rsquo;hypoth&egrave;se de le d&eacute;verser (sous forme gazeuse ou liquide dans l&rsquo;oc&eacute;an n&rsquo;&eacute;tant pas jug&eacute;e r&eacute;aliste car l&rsquo;impact d&rsquo;une telle op&eacute;ration est impossible &agrave; &eacute;valuer). <strong>La solution la plus fr&eacute;quemment envisag&eacute;e est celle d&rsquo;un stockage souterrain dans un aquif&egrave;re ou un ancien gisement de p&eacute;trole ou de gaz,<\/strong> voire une ancienne mine de charbon. Si les g&eacute;ologues estiment que les capacit&eacute;s de stockage sont disponibles dans beaucoup d&rsquo;endroits de la plan&egrave;te, il n&rsquo;en demeure pas moins qu&rsquo;il est n&eacute;cessaire d&rsquo;exp&eacute;rimenter diff&eacute;rents modes de stockage et surtout de <strong>suivre pendant plusieurs ann&eacute;es l&rsquo;&eacute;volution du gaz stock&eacute;<\/strong> dans une formation g&eacute;ologique, en v&eacute;rifiant qu&rsquo;il ne diffuse pas vers la surface ce qui pourrait &ecirc;tre dangereux. Plusieurs exp&eacute;riences en vraie grandeur sont en cours depuis quelques ann&eacute;es, la plus importante est r&eacute;alis&eacute;e au Canada sur le <strong>site de Weyburn dans le Saskatchewan,<\/strong> les r&eacute;sultats de l&rsquo;exp&eacute;rience en cours ont &eacute;t&eacute; pr&eacute;sent&eacute;s lors d&rsquo;une conf&eacute;rence &agrave; Washington en novembre dernier. Sur ce site d&rsquo;exploitation d&rsquo;un gisement p&eacute;trolier dont la production est en d&eacute;clin, du gaz carbonique est inject&eacute; dans le gisement pour augmenter sa production (le gaz &laquo; pousse &raquo; en quelque sorte le p&eacute;trole &agrave; travers les pores de la roche) et il reste ensuite pi&eacute;g&eacute; dans le gisement, le gaz carbonique provient d&rsquo;une usine de liqu&eacute;faction du charbon situ&eacute;e aux USA dans le Nord Dakota et il est achemin&eacute; &agrave; Weyburn par un gazoduc de 330 km de long. On exp&eacute;rimente donc &agrave; la fois une technique de r&eacute;cup&eacute;ration assist&eacute;e du p&eacute;trole (qui est au point &agrave; vrai dire) et un mode de stockage du CO2 dans une couche g&eacute;ologique. <strong>L&rsquo;objectif est de stocker 20 millions de tonnes de CO2 sur 25 ans<\/strong> (11 millions de tonnes ont d&eacute;j&agrave; &eacute;t&eacute; stock&eacute;es au rythme de 3 millions de tonnes par an) ; notons qu&rsquo;une centrale au charbon &laquo; standard &raquo; &eacute;met 2 millions de tonnes de CO2 par an. Dans le sous-sol le CO2 est stock&eacute; sous une couche rocheuse &agrave; 1,5 km de profondeur, il diffuse en s&rsquo;infiltrant dans une couche de calcaire poreuse en occupant une surface de 20 kilom&egrave;tres carr&eacute;s. L&rsquo;objectif de l&rsquo;exp&eacute;rience (&agrave; la quelle participent plusieurs partenaires internationaux dont le BRGM pour la France) est de <strong>suivre pendant plusieurs ann&eacute;es l&rsquo;&eacute;volution du gaz par des m&eacute;thodes sismiques classiques<\/strong> (et qu&rsquo;utilisent couramment les p&eacute;troliers) qui donnent une &laquo; image &raquo; de la nappe gazeuse dans le sous-sol et de son &eacute;volution au cours du temps ; il est pr&eacute;vu aussi d&rsquo;&eacute;valuer, autant que possible, l&rsquo;impact de la nappe de CO2 sur les eaux souterraines et structure g&eacute;ologique. <strong>La soci&eacute;t&eacute; Total entreprend une exp&eacute;rience pilote analogue<\/strong> dans la r&eacute;gion de Lacq, pr&egrave;s de Pau, o&ugrave; elle exploite, depuis longtemps, un gisement de gaz naturel qui est d&rsquo;ailleurs en cours d&rsquo;&eacute;puisement. L&rsquo;exp&eacute;rience consiste &agrave; r&eacute;cup&eacute;rer le CO2 d&rsquo;une chaudi&egrave;re &agrave; vapeur existant sur le site de Lacq et &agrave; le transporter par un gazoduc &agrave; 27 km pour le stocker dans un r&eacute;servoir d&rsquo;un gisement en fin de vie &agrave; 4,5 km de profondeur (un stockage de 150 000 tonnes est pr&eacute;vu). L&agrave; aussi un suivi g&eacute;ologique par sismique sera entrepris. Rappelons que la compagnie norv&eacute;gienne Statoil proc&egrave;de &agrave; op&eacute;ration de s&eacute;questration (au niveau de 1 million de tonnes de gaz carbonique par an produits par un gisement) dans une couche poreuse de sable &agrave; une profondeur comprise entre 500 et 1500 m sous le fond de l&rsquo;oc&eacute;an Atlantique ; l&rsquo;op&eacute;ration n&rsquo;est pas v&eacute;ritablement une exp&eacute;rimentation avec un suivi g&eacute;ologique, elle vise &agrave; se d&eacute;barrasser du gaz carbonique du gisement en le r&eacute;injectant et a &eacute;conomiser ainsi une taxe sur le carbone, institu&eacute;e en Norv&egrave;ge, au niveau de 40 &euro; par tonne &eacute;mise.\n<\/p>\n<p align=\"justify\">\n<strong>D&rsquo;autres modes de stockage plus ambitieux<\/strong> sont envisag&eacute;s par certains g&eacute;ologues. L&rsquo;un d&rsquo;eux consisterait &agrave; r&eacute;aliser, en quelque sorte, une v&eacute;ritable g&eacute;ochimie in situ dans les couches g&eacute;ologiques : on transformerait le CO2 en carbonates pour le stocker sous forme solide. Des g&eacute;ologues de l&rsquo;universit&eacute; Columbia &agrave; New York ont rep&eacute;r&eacute; des <strong>formations rocheuses de p&eacute;ridotite &agrave; Oman<\/strong> (elles sont connues depuis longtemps et il en existe dans d&rsquo;autres r&eacute;gions par exemple en Nouvelle Cal&eacute;donie) qui sont constitu&eacute;es, notamment, d&rsquo;olivine un min&eacute;ral qui est un m&eacute;lange de silicates de magn&eacute;sium, de calcium et de fer, ces min&eacute;raux forment du carbonate de calcium et de magn&eacute;sium par action de l&rsquo;eau lorsqu&rsquo;on les met en contact avec le CO2. C&rsquo;est donc un processus g&eacute;ochimique naturel qui permettrait de &laquo; pomper &raquo; du CO2 dans des formations g&eacute;ologiques et de le<strong> stocker sous forme d&rsquo;un carbonate de calcium solide<\/strong> apr&egrave;s &laquo; r&eacute;action &raquo;. La roche augment de volume (44%) lorsqu&rsquo;elle se transforme par action du CO2 causant aussi sa fissuration ce qui permet une meilleurs p&eacute;n&eacute;tration de l&rsquo;eau qui va dissoudre le CO2. Celui-ci pourrait &ecirc;tre introduit dans le sous-sol apr&egrave;s fracturation par forage et, sans doute, en injectant de l&rsquo;eau chaude. Les chercheurs de Columbia estiment qu&rsquo;un kilom&egrave;tre de roche pourrait stocker ainsi 1 Gt de CO2. Une telle op&eacute;ration pourrait &ecirc;tre men&eacute;e sous l&rsquo;eau en mer (au large d&rsquo;Oman par exemple) o&ugrave; le CO2 serait inject&eacute;. Il reste, &eacute;videmment, &agrave; r&eacute;aliser un essai en vraie grandeur d&rsquo;une telle technique de stockage avec un suivi du comportement du gaz et de la roche. Le stockage du CO2 est souvent consid&eacute;r&eacute; comme un point de passage oblig&eacute; pour continuer &agrave; utiliser &agrave; haute doses les combustibles fossiles dans la production d&rsquo;&eacute;lectricit&eacute; et certaines industries (celles de l&rsquo;acier et du ciment en particulier) et comme le <strong>s&eacute;same ouvrant la voie du &laquo; charbon propre &raquo;.<\/strong> Si les techniques de s&eacute;paration sont au point (mais co&ucirc;teuses) il reste &agrave; <strong>prouver la fiabilit&eacute; sur le long terme des modes de stockage g&eacute;ologique<\/strong> ; on notera qu&rsquo;un probl&egrave;me de m&ecirc;me nature se pose avec les d&eacute;chets nucl&eacute;aires. C&rsquo;est dire l&rsquo;importance des programmes de recherche pour un suivi des stockages qui devraient &ecirc;tre lanc&eacute;s, le plus souvent &agrave; une &eacute;chelle internationale. Il faut en particulier <strong>s&rsquo;int&eacute;resser au comportement du CO2 dans les roches<\/strong> (sa diffusion dans des pores, la physico-chimie du transport, son adh&eacute;sion aux surfaces des parois, etc.), des techniques exp&eacute;rimentales en laboratoire tr&egrave;s diverses (la spectroscopie, la r&eacute;sonance magn&eacute;tique nucl&eacute;aire, la diffusion des neutrons, etc.) mais aussi de mod&eacute;lisation des roches et des r&eacute;servoirs devraient &ecirc;tre mises en &oelig;uvre (on trouvera dans la revue Physics today un int&eacute;ressant article sur ce sujet : Donald J.De Paolo and Franklin M.Orr, &laquo; Geoscience research for our energy future &raquo; p.26 , August 2008).\n<\/p>\n<p align=\"justify\">\nLes programmes de recherche dans ce domaine ont d&eacute;marr&eacute; il n&rsquo;y a que quelques ann&eacute;es et <strong>il est sans doute difficile que des op&eacute;rations de stockage puissent &ecirc;tre lanc&eacute;es sur une grande &eacute;chelle d&eacute;s 2020,<\/strong> en l&rsquo;absence d&rsquo;exp&eacute;riences importantes de suivi des premiers stockages ; il est probable, d&rsquo;ailleurs qu&rsquo;un d&eacute;bat public sur les projets de stockage s&rsquo;instaurera d&eacute;s que des perspectives concr&egrave;tes se pr&eacute;senteront (le stockage dans le sous-sol marin poserait sans doute moins de probl&egrave;mes). Il reste aussi que <strong>le captage et le stockage du CO2 auront un co&ucirc;t<\/strong> qui ne saura probablement pas inf&eacute;rieur &agrave; 60 &euro; la tonne, ce qui gr&egrave;vera d&rsquo;autant le prix du kWh d&rsquo;&eacute;lectricit&eacute;, mais il faudra bien admettre que les imp&eacute;ratifs de la lutte contre le r&eacute;chauffement climatique a un co&ucirc;t qui contribuera &agrave; nous faire entrer dans l&rsquo;&egrave;re de &eacute;nergie ch&egrave;re et c&rsquo;est dans cette perspective que le stockage du CO2 doit &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute; comme une option possible.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;utilisation massive des combustibles fossiles soit comme carburants dans les transports, d&eacute;riv&eacute;s de produits p&eacute;troliers, soit comme combustibles (charbon, gaz naturel et p&eacute;trole) dans les centrales &eacute;lectriques est une cause majeure du changement climatique provoqu&eacute; par l&rsquo;homme. 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