{"id":236,"date":"2008-02-22T16:16:52","date_gmt":"2008-02-22T16:16:52","guid":{"rendered":"http:\/\/pierrepapon.fr\/?p=236"},"modified":"2008-03-20T09:44:29","modified_gmt":"2008-03-20T09:44:29","slug":"Energie et g\u00e9politique: climat et prolif\u00e9ration nucl\u00e9aire, des choix \u00e0 faire pour l'avenir","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/pierrepapon.fr\/?p=236","title":{"rendered":"Energie et g\u00e9politique: climat et prolif\u00e9ration nucl\u00e9aire, des choix \u00e0 faire pour l&rsquo;avenir"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\">\n&nbsp;&nbsp;&nbsp; Grenelle de l&rsquo;environnement, mont&eacute;e du cours du baril de p&eacute;trole atteignant la barre symbolique des 100 $ le 2 janvier dernier,&nbsp;d&eacute;bats sur le nucl&eacute;aire iranien, accords de coop&eacute;ration nucl&eacute;aire de la France avec les pays du Golfe persique et l&rsquo;Inde, plan d&rsquo;action de l&rsquo;Europe pour l&rsquo;&eacute;nergie, etc., tous ces &eacute;v&eacute;nements mettent bien en lumi&egrave;re la dimension politique et g&eacute;politique de la question &eacute;nerg&eacute;tique. Cette dimension&nbsp;n&rsquo;est certes pas nouvelle (la Premi&egrave;re Guerre mondiale avait pour la premi&egrave;re fois mis en &eacute;vidence l&rsquo;enjeu stat&eacute;gique de l&rsquo;acc&eacute;s au p&eacute;trole) mais&nbsp;elle a&nbsp;aujourd&rsquo;hui une bien plus grande acuit&eacute;.\n<\/p>\n<p><!-- more --><\/p>\n<p align=\"justify\">\n&nbsp;&nbsp; En effet, les <strong>sc&eacute;narios <\/strong>des pr&eacute;visionnistes nous alertent sur la pression croissante de la demande d&rsquo;&eacute;nergie: sur une base de 10 Gtep en l&rsquo;an 2000 (cf. notre br&egrave;ve sur les sc&eacute;narios), la consommation mondiale d&rsquo;&eacute;nergie primaire s&rsquo;&eacute;l&egrave;verait &agrave; environ <strong>17 Gtep en 2030 <\/strong>(17,7 Gtep selon l&rsquo;Agence internationale de l&rsquo;&eacute;nergie, l&rsquo;AIE) et se situerait dans une fourchette de <strong>22 &agrave; 16 Gtep en 2050<\/strong>. Quant aux experts du climat, ils tirent un signal d&rsquo;alarme : les mod&egrave;les climatiques pr&eacute;voient une <strong>augmentation importante de la temp&eacute;rature<\/strong> de la plan&egrave;te d&rsquo;ici la fin du si&egrave;cle dont la cause principale serait la consommation croissante de combustibles fossiles, source de gaz carbonique qui amplifie l&rsquo;effet de serre (cette th&egrave;se, on le sait, ne fait pas l&rsquo;unanimit&eacute;) : le sc&eacute;nario de r&eacute;f&eacute;rence de l&rsquo;AIE, publi&eacute; en 2007, pr&eacute;voit qu&rsquo;en 2030 <strong>les combustibles fossiles repr&eacute;senteraient 82% de l&rsquo;&eacute;nergie primaire<\/strong> (80% en 2005), la part du charbon passant de 25% &agrave; 28%. On peut conclure comme Claude Mandil qui &eacute;crivait dans l&rsquo;introduction du rapport de l&rsquo;AIE en 2006:<strong> &laquo; le futur &eacute;nerg&eacute;tique que nous pr&eacute;parons n&rsquo;est pas durable &raquo;.<\/strong> De nombreux pays de la plan&egrave;te (en particulier en Asie, en Afrique et en Am&eacute;rique latine) ont certes besoin d&rsquo;&eacute;nergie pour se d&eacute;velopper, mais il est irr&eacute;aliste de pr&eacute;voir une forte croissance de la consommation d&rsquo;&eacute;nergie tout en esp&eacute;rant limiter le r&eacute;chauffement climatique. Autrement dit, il faut arr&ecirc;ter <strong>l&rsquo;emballement de la machine &eacute;nerg&eacute;tique<\/strong> : c&rsquo;est l&rsquo;objectif de la n&eacute;gociation sur un nouveau protocole international (un <strong>protocole de Kyoto bis<\/strong>) pour limiter les &eacute;missions de gaz &agrave; effet de serre qui s&rsquo;engage (avec une &laquo; feuille de route &raquo; assez vague) apr&egrave;s la conf&eacute;rence sur le climat qui s&rsquo;est tenue &agrave; <strong>Bali <\/strong>en d&eacute;cembre dernier et qui devrait aboutir fin 2009 &agrave; Copenhague. Celle-ci ne d&eacute;bouchera sur une <strong>&laquo; nuit du 4 ao&ucirc;t &raquo; de l&rsquo;&eacute;nergie <\/strong>que si elle met sur la table non seulement toutes les questions relatives &agrave; l&rsquo;utilisation des combustibles fossiles, mais aussi celles concernant les <strong>transferts de technologie<\/strong> vers les pays en d&eacute;veloppement (le communiqu&eacute; final de Bali plaide dans ce sens) et l&rsquo;utilisation de toutes les fili&egrave;res (des &eacute;nergies renouvelables au nucl&eacute;aire). Ajoutons que cette n&eacute;gociation ne d&eacute;bouchera sur des d&eacute;cisions engageant l&rsquo;avenir que si la <strong>Chine<\/strong> <strong>accepte de prendre des engagements <\/strong>de limitation de ses propres &eacute;missions de gaz &agrave; effet de serre (selon l&rsquo;AIE, la Chine &eacute;mettrait en 2030 autant de gaz carbonique par habitant que l&rsquo;Europe, soit 7,9 tonnes). Celle-ci peut comprendre que c&rsquo;est son int&eacute;r&ecirc;t car elle souffre d&rsquo;&eacute;normes probl&egrave;mes de pollution et elle peut &ecirc;tre sensible &agrave; des pressions de ses partenaires commerciaux qui se soucient du climat. Si la m&ecirc;me question se pose pour l&rsquo;Inde et le Br&eacute;sil, en revanche, l&rsquo;<strong>Afrique <\/strong>qui part de tr&egrave;s bas dans sa consommation de kWh devra b&eacute;n&eacute;ficier de mesures sp&eacute;ciales et de transferts de technologie pour s&rsquo;&eacute;quiper avec des technologies peu polluantes. Il va de soi que <strong>les Etats-Unis qui n&rsquo;ont pas ratifi&eacute; le protocole de Kyoto<\/strong> devront s&rsquo;engager, eux aussi, sur des objectifs chiffr&eacute;s de r&eacute;duction ce qu&rsquo;ils ont refus&eacute; de faire jusqu&rsquo;&agrave; pr&eacute;sent; le d&eacute;part&nbsp;pr&eacute;vu de G.W.Bush va sans doute changer la donne en 2009.&nbsp;Les positions de l&rsquo;Union Europ&eacute;enne sont relativement fortes puisqu&rsquo;elle pr&eacute;voit de r&eacute;duire de 20% d&rsquo;ici 2020 ses &eacute;missions de gaz carbonique par rapport &agrave; leur niveau de 1990.\n<\/p>\n<p align=\"justify\">\n&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans ce contexte, le nucl&eacute;aire qui a l&rsquo;avantage de ne pas contribuer au r&eacute;chauffement climatique m&eacute;rite un traitement particulier. En effet, si l&rsquo;on veut faire du <strong>nucl&eacute;aire une &laquo; &eacute;nergie de l&rsquo;avenir &raquo;,<\/strong> pour reprendre l&rsquo;expression du <strong>pr&eacute;sident N.Sarkozy<\/strong>, le nucl&eacute;aire doit r&eacute;unir<strong> trois conditions<\/strong>. Il doit d&rsquo;abord soigner compl&egrave;tement son talon d&rsquo;Achille technique en r&eacute;solvant mieux la question du stockage des d&eacute;chets, il doit ensuite apporter la preuve de la faisabilit&eacute; et de la fiabilit&eacute; des fili&egrave;res &agrave; surg&eacute;n&eacute;ration utilisant le plutonium qui optimiseront l&rsquo;utilisation des combustibles ; ce sont deux paris techniques qui peuvent &ecirc;tre gagn&eacute;s, sans doute au-del&agrave; de 2030. Enfin, et surtout, il est n&eacute;cessaire d&rsquo;engager une n&eacute;gociation internationale garantissant la non-prolif&eacute;ration du nucl&eacute;aire et confortant le<strong> trait&eacute; de non-prolif&eacute;ration du nucl&eacute;aire (TNP).<\/strong> Un certain nombre de personnalit&eacute;s, am&eacute;ricaines pour la plupart (au nombre des quelles on trouve Henry Kissinger, Georges Schultz et Sydney Drell, un&nbsp;sp&eacute;cialiste du contr&ocirc;le des armements), ont publi&eacute; il y a un an un manifeste dans le Wall Street Journal (4 janvier 2007) appelant &agrave; cr&eacute;er un <strong>&laquo; monde lib&eacute;r&eacute; des armes nucl&eacute;aires &raquo;.<\/strong> Certains des signataires &eacute;taient des fervents partisans de la dissuasion nucl&eacute;aire &agrave; l&rsquo;&eacute;poque de la Guerre froide ce qui donne une certaine force &agrave; leur appel. Ils pr&eacute;conisent, en particulier, d&rsquo;assurer au maximum la s&eacute;curit&eacute; des armes existantes (le <strong>Pakistan <\/strong>est sans doute de ce point de vue le &laquo; ventre mou &raquo; du nucl&eacute;aire) en attendant leur d&eacute;mant&egrave;lement, la ratification par la Chine et les USA du trait&eacute; interdisant les essais nucl&eacute;aires, l&rsquo;arr&ecirc;t total de la production de mat&eacute;riaux fissiles pouvant servir &agrave; la fabrication d&rsquo;armes, un <strong>contr&ocirc;le international renforc&eacute; des moyens d&rsquo;enrichissement de l&rsquo;uranium<\/strong> par l&rsquo;Agence internationale de l&rsquo;&eacute;nergie atomique (AIEA) de Vienne coupl&eacute; &agrave; des garanties internationales pour fournir des combustibles nucl&eacute;aires &agrave; des fins civiles. Dans un contexte o&ugrave; de nombreux pays veulent d&eacute;velopper l&rsquo;&eacute;nergie nucl&eacute;aire et alors que la prolif&eacute;ration des armes nucl&eacute;aires constitue une menace tr&egrave;s s&eacute;rieuse, cet appel a le m&eacute;rite de souligner que <strong>l&rsquo;on ne peut pas s&rsquo;engager dans une fuite en avant dans le nucl&eacute;aire<\/strong> qui, plus que toute autre forme d&rsquo;&eacute;nergie, a une dimension g&eacute;opolitique (le p&eacute;trole dans une certaine mesure l&rsquo;a &eacute;galement comme le montrent les conflits au Proche Orient depuis 1914) : son d&eacute;veloppement requiert des garanties internationales. Autrement dit, les n&eacute;gociations pour un nouveau protocole de Kyoto devraient &ecirc;tre conduites parall&egrave;lement &agrave; celles pour la <strong>&laquo; r&eacute;vision &raquo; du TNP<\/strong> qui doit intervenir en 2010. Elles devraient permettre de remettre &agrave; l&rsquo;ordre du jour la solution pr&eacute;conis&eacute;e depuis longtemps par de nombreux experts: la cr&eacute;ation sous l&rsquo;&eacute;gide de l&rsquo;AIEA d&rsquo;une <strong>&laquo; banque &raquo; des combustibles nucl&eacute;aires<\/strong>, dont l&rsquo;utilisation &agrave; des fins civiles serait contr&ocirc;l&eacute;e strictement par l&rsquo;Agence, une aide pour construire des centrales &eacute;lectronucl&eacute;aires &eacute;tant accord&eacute;e en contrepartie. On peut aussi demander &agrave; des pays comme la Chine qui souhaitent acqu&eacute;rir des techniques nucl&eacute;aires de prendre des engagements sur la limitation de leurs &eacute;missions de gaz &agrave; effet de serre, apr&egrave;s 2012, et &agrave; un pays comme l&rsquo;Inde de faire de m&ecirc;me et en plus de respecter les clauses du TNP qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas sign&eacute;. C&rsquo;est aussi dans ce contexte que l&rsquo;on peut, si l&rsquo;on est optimiste, r&eacute;soudre la question du <strong>nucl&eacute;aire iranien<\/strong> (l&rsquo;Iran lui a sign&eacute; le TNP&hellip;). On ne pourra pas &eacute;viter, t&ocirc;t ou tard, de traiter le probl&egrave;me de l&rsquo;ensemble du nucl&eacute;aire militaire, les puissances d&eacute;tentrices de l&rsquo;arme nucl&eacute;aire qui ont sign&eacute; le TNP s&rsquo;&eacute;tant engag&eacute;es &agrave; un d&eacute;sarmement nucl&eacute;aire &agrave; long terme, c&rsquo;est toute la question que posent le <strong>manifeste de H.Kissinger<\/strong>, le nucl&eacute;aire iranien et quelques autres dossiers. On lira avec int&eacute;r&ecirc;t la s&eacute;rie d&rsquo;articles que le magazine scientifique <em>Nature <\/em>a consacr&eacute; &agrave; ces questions (<em>Nature, <\/em>10, 17 et 24 janvier 2008).\n<\/p>\n<p>\nLa question &eacute;nerg&eacute;tique a, plus que jamais, une dimension g&eacute;opolitique&#8230;&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Grenelle de l&rsquo;environnement, mont&eacute;e du cours du baril de p&eacute;trole atteignant la barre symbolique des 100 $ le 2 janvier dernier,&nbsp;d&eacute;bats sur le nucl&eacute;aire iranien, accords de coop&eacute;ration nucl&eacute;aire de la France avec les pays du Golfe persique et l&rsquo;Inde, plan d&rsquo;action de l&rsquo;Europe pour l&rsquo;&eacute;nergie, etc., tous ces &eacute;v&eacute;nements mettent bien en lumi&egrave;re [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/pierrepapon.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/236"}],"collection":[{"href":"http:\/\/pierrepapon.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/pierrepapon.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/pierrepapon.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/pierrepapon.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=236"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/pierrepapon.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/236\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/pierrepapon.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=236"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/pierrepapon.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=236"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/pierrepapon.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=236"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}